Ca aurait fait plaisir au douanier de Termez, je file le lendemain vers la frontiere. Un chef de poste de controle ouzbek sur le chemin tente de me faire payer une amende parce que je ne suis pas passe au panneau Stop a 10 a l'heure (il n'avait probablement pas tout a fait tort). Je protesteun peu et arrive a echanger l'amende contre un tour a moto (decision probablement tres stupide, a ne pas repeter). Le mec ne traite pas mon destrier avec le doigte requis - ce n'est de toute facon pas la specialite des policiers ouzbeks - et reussit a derailler a cent metres du poste, alors qu'il revenait. Le chaine n'etait pas tres tendue, je voualis remedier a ca a Douchanbe, l'incident ne fait que confirmer qu'il le fallait. En echange de la moto, je prends son kepi, qu'il avait laisse a un collegue, et je vais lui preter main forte. On repare sans trop de problemes mais il est dans ses petits souliers, tellement que je dois me controler pour eviter de rire, et j'hesite meme a faire un scandale et lui recalmer des sous pour le voir encore plus piteux. Je jubile parce qu'il y a de bonnes chances qu'il se fasse charrier par ses collegues en retournant au poste, ca lui apprendra a faire le malin avec la moto d'un touriste sans defense.
J'arrive a Douchanbe au milieu de l'apres-midi, je deviens presque bon pour prevoir mon temps de trajet, les arrivees en ville transi de froid au beau milieu de la nuit commencent a me manquer. Petite victoire, ma fidele monture aura donc fete ses 19 ans a la fois en Ouzbekistan et au Kirghizistan, toujours en etat de continuer la route.
Le lendemain matin j'erre une bonne heure a la recherche de l'Ambassade du Kirghizistan, j'aurais besoin d'un visa. Elle a change de place par rapport aux indications du Lonely (ou alors il se gourrait), et je ne suis pas aide par les indications tres tres vagues d'un policier qui ne savait pas vraiment ou c'etait. Je me fais engueuler par un militaire a qui je demande mon chemin, il me montre un policier qui fait la circulation en me disant que c'est a lui qu'il faut demander, pour-qui-je-le-prends-non-mais-ca-va-pas-oh-lui-c'est-un-militaire-pas-que-ca-a-foutre-allez-du-vent. Je finis par trouver, tout ca pour apprendre quele consul et en vacances pour cinq jours, jusqu'au 4 aout. L'employe est certes serviable mais impossible de lui faire cracher de maniere certaine si le consul recommence a travailler le 4 ou s'il revient de deplacement le 4 au soir.
J'en suis reduit a trainer en ville quelques jours, je croise entre autres un couple de francais habitant normalement en Nouvelle-Caledonie et en voyage pour plusieurs mois, se dirigeant vers l'Inde, un motard grec seur les routes depuis plus d'un an, parti de Grece et passe en Inde et au Nepal, remontant vers le Kazakhstan.
Je decouvre aussi quelques coutumes locales: a un feu rouge, les automobilistes sont tres forts pour anticiper quand le feu passera au vert, je suppose que des annees d'entrainement a observer le feu de trois rues a cote et le feu pieton permettent de predire le changement de couleur. Resultat, tout le monde demarre une seconde ou deux avant que le feu passe au vert, a moto je me fais abondamment klaxonner pour ne pas avoir reussi a deviner avec la meme maestria que les indigenes. Mais en contrepartie, quand on est pieton c'est dangereux, rien ne previent quand on n'a plus le temps de traverser, le feu pieton passe de vert a rouge sans prevenir, et quand il est rouge ca veut dire que les voitures ont deja demarre depuis un moment. Moralite, ne jamais s'engager en faisant confiance a un feu vert, il faut essayer de deviner dans le regard plus ou moins alerte des conducteurs les plus proches s'ils sont sur le point d'ecraser la pedale ou pas.
Autre decouverte, les pieces de petite monnaie sont assez rares ici, et souvent dans les magasins quand on doit recuperer quelques centimes on se retrouve avec un bonbon ou un chewing-gum a la place. C'en est au point ou dans les supermarches, dans le tiroir-caisse, il y a un compartiment chewing-gums au meme titre qu'un compartiment pour chaque valeur de billet...
Mal m'a pris d'attendre: je vais a l'ambassade le 4, on me dit que ah non, c'est les 7 qu'il revient. Encore une fois impossible desavoir s'il recommence a travailler le 7 ou le 8. Le 6, on me promet qu'il sera la le 7. Le 7 a 9h, on me dit 11h, mais a 11h on me dit 15h...
vendredi 1 août 2008
Douchanbe
jeudi 31 juillet 2008
Mazar-e-Charif
Ayant abandonne toute idee de faire rentrer le moto, je remonte vers Mazar pour profiter de mes derniers jours de visa ouzbek pour aller au Tadjikistan. Je passe deux nuits chez les Australiens qui m'avaient pris dans leur voiture a mon arrivee dans le pays. Je visite le mausolee d'Ali, lieu saint de l'Islan, les gens ici disent que si on ne peut pas faire son pelerinage a la Mecque (trop cher) on peut le faire ici. Barbu, habille en afghan, je tente d'entrer (c'est interdit aux non musulmans) discretement mais je pense qu'un regard coupable de trop lance au garde avec sa kalachnikov me trahit. Quand il me demande si je suis musulman, je prefere pas le malin et risquer de mefaire lapider, alors j'avoue que non et joue l'idio "ah desole je savais pas". Je reste un peu devant la porte histoire de voir s'il va pas me laisser rentrer par sollicitude, vu que j'ai fait des efforts capillo-vestimentaires, mais non, peine perdue.
Un mec qui etait devant m'accompagne alors que je vais m'asseoir a l'ombre, ecrase que je suis par le chaleur. Il me demande si je comprend le dari, je reponds qu'un peu (bonjour-merci-au revoir) mais il apparemment il comprend que beaucoup. Il me met a me raconter plein de trucs dont je ne saisis pas un traitre mot, mais ca a trait a l'Islam. J'ai le vague espoir qu'il essaie de m'apprendre deux ou trois phrases en arabe pour passer pour un musulman, mais il ya bien plus de chances qu'il soit en train de me dire a quel point l'islam c'est bien et que je devrais me convertir, en commencant par deux trois prieres et un bisou sur une image de la Kaaba la maintenant tout de suite. Apres avoir retrouver le courage de m'exposer au soleil, je rentre chez mes hotes me passer la tete sous le tuyau d'arrosage, y a plus que ca qui serve a quelque chose...
Apres une nuit ecourtee par la chaleur, je pars vers la frontiere en taxi collectif, avec une pointe d'apprehension quant a l'etat dans lequel je vais retrouver la moto. Apres tout, je l'ai laissee a un poste de douane afghan sans avoir en echange le moindre papier qui le prouve; la blague recurrente qu'on me fait depuis que je suis dans le pays c'est qu'au mieux je vais retrouver un velo (un cadre et des roues) au pire je decrouvrirai le plaisir des bus et des trains en Asie Centrale. J'ai dans le taxi un afghan qui a emigre aux US et est revenu voir la famille, qui me rassure en me disant qu'il connait le warlod du coin et que ca devrait pas trop etre un probleme, ils sont assez fiables, s'ils ont dit qu'ils me garderaient la moto ils em la garderont. Il ajoute: "T'as un papier, non?" Comme non, j'en ai pas, il fait fiouuuu d'un air pas vraiment rassurant et n'ajoute plus rien sur le sujet.
Finalement, j'ai tire le jackpot, la moto est intacte et je suis devenu une celebrite au poste de douane. Un mec sur deux me demande si elle est a moi, la moto qui traine la depuis quinze jours. Oui oui c'est moi-meme. Petite sceance de remerciements avec le chef douanier et mon nouveau pote comem traducteur, je suis content de retrouver la monture intacte et lui content que j'ai pu visiter le pays grace a la faveur qu'il m'avait faite de garder la moto, normalement ils font pas ca mais il a fait une exception.
Cote ouzbek, j'ai droit a la premiere vraie fouille de mes bagages depuis mon depart, meme si je leur explique que la moto a pas trop visite le pays, ils preferent verifier que je reviens pas avec quelques kilos d'opium et une ou deux kalachnikov en souvenir. Un douanier me sermonne plusieurs fois, demain est mon dernier jour de visa ouzbek, si j'ai pas deguerpi avant minuit je peux m'attendre a beaucoup de problemes. Je sais je sais, c'est pour ca que je reviens maintenant, pour avoir le temps de traverser vers le Tadjikistan.
lundi 14 juillet 2008
Kaboul
Je tente de rallier directement Termez depuis Tachkent, resque mille kilometres, sachant qu'il faut contourner un bout de Kazakhstan. Eh oui, les frontieres de l'URSS coupent les routes et les cehmins de fer n'importe comment, c'est pas tres genant pour les locaux qui n'ont pas besoin de visas, mais pour les touristes ca signifie des detours frequents, sur des routes pas excellentes. Je pars donc a 6h du matin, mais manque de bol j'arrive a la frontiere a 18h15 alors qu'elle ferme a 18h. Je tente un peu le forcing mais les douaniers sont deja en train de monter dans leur bus pour rentrer chez eux, c'est peine perdue.
A l'ouverture le lendemain (8h) je suis la, mais les douaniers ont moins pnctuels qu'a la fermeture et arrivent au compte goutte. Ce n'est que vers 10h qu'ils sont tous efficaces. Alors que je remplis un papier, de l'autre cote du fleuve qui marque la frontiere (l'Amou-Darya), une explosion retentit. Tout le monde regarde, un panache de fumee s'eleve sur la rive d'en face. Une mine qui vient de sauter, m'explique-t-on. Morbide 14 juillet...
Les douaniers afghans mettent moins de temps a faire leur boulot mais m'expliquent qu'il me manque un papier m'autorisant a conduire mon vehicule en Afghanistan, papier sans lequel ils refusent de prendre la responsabilite de me laisser passer. Ce papier, ils me le montrent, c'est l'ambassade afghane a Tachkent qui le delivre; or ladite ambassade m'a delivre mon visa en sachant que j'y allais a moto et ne m'ont rien donne du tout. Le mec au courant devait etre en vacances. Un douanier afghan repere mon visa ouzbek multi-entrees et me dit que je peux donc retourner a Tachkent recuperer le papier. Ben voyons. J'opte pour l'autre solution, laisser la moto au poste et essayer d'avoir le papier a Kaboul.
Un couple d'australiens qui passait par-la m'offre genereusement de monter dans leur voiture et de m'amener a Mazar-e Charif, ou je prends un taxi pour Kaboul. J'arrive juste a temps pour assister a la fin de la petite fete du 14 juillet dans le jardin de l'ambassade.
A Kaboul, je reste deux semaines a me reposer, loge dans la guest house des anciens collegues de Ronan, qui avait travaille la pendant un an en 2007. Il ya une douche, je peux faire laver mes vetements, les repas sont prepares tous les jours... ca faisant longtemps que j'avais pas eu autant de confort.
Je passe quelques jours au debut a faire le tour des ministeres et de l'ambassade de France, mais l'enlevement de deux francais vers le 18 juillet n'ont pas arrange mes affaires. J'abandonne la partie, je ressortirai donc par la ou je suis venu avant l'expiration de mon visa ouzbek (1er aout), pour aller au Tadjikistan.
mercredi 9 juillet 2008
Tachkent
Un peu plus dispos le lendemain matin, je peux filer vers la frontiere. Au poste de douane, situe sur la route principale a vingt-cinq petits kilometres de Tachkent, on m'apprend que le passage est impossible pour les vehicules et les etrangers, donc les etrangers sur un vehicule peuvent completement oublier. Les douaniers m'expliquent gentiment qu'il faut que j'aille a Yallama pour passer. Je me renseigne un peu, c'est a 80 bornes, docn ca me fait un detour de 160 contre 25 sur la route normal. J'insiste un peu pour voir s'ils veulent vraiment pas me laisser passer, une moto c'est tout petit, rien a voir avec un camion, ils peuvent bien en laisser une par mois, non? Non. Apparemment le cote kazakh est en travaux pour encore un an, ils n'ont pas les tampons ou je sais pas quoi, donc les douaniers me repondent que oui oui, j'ai bien gagne un bonus de 150 km.
Au poste frontiere, je suis presque seul mais il me faut trois heures pour passer, ca reste dans la norme de ce que j'ai eu jusqu'a present. Il faut entrer sans la moto, faire tamponner des papiers, rerentrer avec la moto, verifier les bagages, refaire des tampons, etc. Les kazakhs hors des bureaux (gardes-barriere, etc) essaient tous de me soutirer de l'argent, mais quelques minutes a les regarder en leur montrant que je n'ai aucune intention de payer suffit a les faire abandonner. C'est la premiere fois que j'aurai eu affaire a des policiers un peu gourmands.
Une fois la frontiere passee, je suis frappe par le changement de paysage, aux grands espaces peles succedent des collines assez verdoyantes et cultivees, avec un faux air de Provence ou de Toscane. Les carioles tirees par des anes ne font que renforcer l'impression. A Tachkent, c'est le retour a la civilisation, je me remets a croiser plein de voyageurs, dont beaucoup parlent francais. Tachkent (et Bichkek, a ce qu'on m'en dit) sont devenus des anti-chambres de la Chine, remplis de voyageurs venus de divers endroit et comparant leurs experiences et leurs malheurs dans leurs tentatives d'obtention de visas.
Je m'y repose quelques jours, et y fais faire mon visa afghan (c'est pas vraiment la foule a l'ambassade, c'est rare...) en essayant d'echapper a Ali, tenancier de la guest house, qui ne rate pas une occasion d'inviter les malheureux qui lui tombent sous la main a boire de la vodka ouzbeke (tout aussi decapante que la vodka kazakhe) et de la biere a 12 degres. Il est certes tres drole et sympathique, mais une fois qu'on est pris au piege, ca peut durer des heures, et surtout ca peut arriver aussi bien le soir en aperitif (ca va) que le matin pour le petit dejeuner (ca va deja moins).
mardi 8 juillet 2008
Turkestan
Malgre l'invitation, je ne m'arrete pas a Kizilorda, j'y suis tot dans la journee, j'ai le temps de pousser jusqu'a Turkestan, qui abrite le mausolee le plus fameux du pays. Il est effectivement pas mal, decore de brique emaillees bleu et turquoise, mais n'a jamais ete acheve donc la facade principale est restee nue. Pour visiter, j'avais laisser la moto a cote d'un batiment d'ou des mecs sont sortis en me demandant s'ils pouvaient faire un entrefilet sur moi dans le journal local. Je les laisse me prendre en photo avec ma fidele monture, leur donne mon nom et ma nationalite, ca leur suffit apparemment. Je sais pas trop ce qu'ils vont pouvoir raconter...
Juste a la sorte de la ville, mon pneu arriere joue une nouvelle fois les degonfles. Heureusement, il y a un garage a cinquante metres. On demonte la roue et mes soupcons sont confirmes, la reparation hative de mes djeunz d'Irgiz aura tenu 500 km... Je deviens comme d'habitude l'attraction de la journee, une dizaine d'employes du garage, de la station ou du cafe viennent me voir et me demander de raconter mon voyage. Le type qui me fait une belle rustine refuse net que je lui paye quoi que ce soit pour la reparation. Alors que j'allais partir, je suis presque force d'accepter une invitation a dejeuner. On me sert une assiette a soupe de pates, ble, oeufs et saucisse, que j'avale sans me faire prier. Tous les clients me regardent plus ou moins discretement, et a tour de role me posent des questions pour satisfaire la curiosite generale. Oui, je suis francais, je suis venu a moto par la Russie, j'ai 23 ans et je suis etudiant et non, je ne suis pas marie et je n'ai pas d'enfants, en France c'est normal a mon age. Je sentais le coup venir et je n'y echappe pas, impossible de payer mon repas, je n'arrive meme pas a savoir qui me l'a offert.
Depuis plusieurs jours il fait vraiment chaud, mais j'ai trop souffert du froid en Europe et craint la pluie au Kazakhstan pour pouvoir emettre la moindre plainte. Je ne sais pas si c'est la chaleur ou le repas, mais une heure apres mon depart de Turkestan, je suis pris de nausees et dois m'arreter dans la premiere station venue. Voyant que je ne suis pas au plus haut de ma forme, les employes me proposent une espece de lit qui fait office de canape, devant la station et a l'ombre. Ca s'ameliore un peu au debut, mais au final ca m'abat completement, je suis sasn forces et tous mes muscles me font mal, impossible de repartir. Heureusement mes hotes m'offrent un lit dans l'arriere cour de la station, que je partage pendant la soiree avec trois moutons qui seront heureusement rentrees pour la nuit, je craiganis deja de me faire reveiller en pleine nuit par une de ces charmantes bestioles me lechant l'oreille.
vendredi 4 juillet 2008
Aralsk
Je ne me remets en route que vers 11 heures, j'ai un peu de mal a quitter
mes oeufs et ma tasse de cafe. Apres un court arret a Aqtobe, je continue
vers Aralsk. La route etait bien (enfin decente) depuis mon arret camion,
reste bien pendant environ 200km mais empire vite. Au moment ou le
bitume et les autres automobilistes se font rares, je m'assure quand meme
que je suis sur le bon chemin, en allant demander dans une maison isolee,
posee au bord de la route. Le type m'invite a prendre le the, j'accepte pour lui faire plaisir, et puis une petite pause ne me fera pas de mal. Le truc, c'est que rapidement debarque un ami/frere/cousin qui a manifestement un bon coup dans le nez. Ils ne mettent pas longtemps a me proposer d'egorger un mouton pour me faire des brochettes. Je refuse le plus categoriquement possible, arguant que je n'ai pas fin, que je dois y aller, et que de toute facon un the c'est gentil mais un mouton c'est pas la peine. A force de negociation j'arrive a limiter ca a un apero vodka-pasteque-pain. Je dois encore me battre pour ne pas boire un demi litre, ils passent leur temps a essayer de me resservir, probablement avec le secret espoir de me voir trop bourre pour reprendre la route. Je m'en sors avec deux verres et arrive a leur fausser compagnie.
Du coup j'ai pris un peu de retard, et encore une fois je dois finir le trajet de nuit. Je suis bien trop loin d'Arlask, il faut m'arreter a Kholbai. Chemins pourris, sable, ornieres, nids-de-poule et reservoir de plus en plus vide. J'arrive tout de meme a remarquer le villagem quelques lumieres sur ma gauche. J'y vais, deux gamins me guident vers le "cafe-magasin" ou la tenanciere me rouvre la boutique. J'achete une boite de sardines a la tomate et une bouteille d'eau, et alors que je voulais leur demander si je pouvais planter ma tente dans la cour, le proprietaire m'invite a dormir chez lui et a partager son diner, refusant que j'ajoute mes sardines au menu. Nous passons la soiree devant une retransmission du cirque d'Astana, a manger une soupe aux pates. Il me dit qu'il y a deux ans il a accueilli un motard allemand, et encore trois ans avant un cycliste francais. Ca commence a lui faire une belle collection. Un de ses amis, present au diner, me dit que leur station ne marche pas, il faudra aller a Irgiz, un peu a l'ecart de ma route et a 70km, et il m'offre de me guider. Ca va etre juste juste, avec ce qu'il me reste d'essence.
Le lendemain matin je comprends la generosite de mon guide: il me me montre le chemin, mais depuis la selle de ma moto... il n'a pas de voiture et aurait du sinon prendre un bus. On arrive a Irgiz en evitant la panne seche, apres des heures sur une piste sablonneuse et sous un soleil ecrasant. Le pneu arriere choisit ce moment pour se degonfler, heureusement que ca lui prend la et pas en pleine cambrousse. On trouve un reparateur de pneus mais il va prendre sa pause dejeuner, et laisse deux jeunes qui trainaient la faire la reparation. En les voyant revenir avec une grosse rustine mal collee, je vois bien que c'est pas trop leur boulot. Je sen bien que je ne trouverai pas mieux, il faudra changer ca plus loin. Je paye les deux rigolos, et un des mecs qui avait vaguement file un coup de main a la fin essaie de me demander l'equivalent d'un euro. Je refuse en riant, les autres ne le soutiennent pas dans sa demande, il est tout seul a me reclamer des sous. Il m'explique d'une pichenette a la carotide ce qu'il veut en faire: c'est le geste de l'ex-URSS pour dire "boire de l'alcool"; il souligne d'un "Vodka, vodka !". Ah bah c'est sur, moi qui hesitais a te filer de l'argent, maintenant que je sais que c'est pour te bourrer la gueule, me voila convaincu !
Je prends en debut d'apres midi le chemin qui doit me ramener sur la route principale, vers Aralsk. En fait de route principale, c'est certes large mais c'est dans un etat deplorable, de loin la pire route que j'aie eu a emprunter. Hier et avant-hier, c'etaient des mises en jambe. Et ca dure sur des kilometres, je sais jamais trop quoi choisir entre le bitume et ses nids-de-poule profonds d'un metre, les chemins de boue ou les pistes de sables, tous glissants. En plus le temps tourne a l'orage, ca va pas m'aider. Les kazakhs ne s'y trompent pas, personne ou presque ne prend cette route: je croise deux camions en quatre heures, il y a une habitation tous les cinquante kilometres. Lors d'une pause dans un "cafe", un gamin me dit que trois francais sont passe le matin meme. Un peu ebahi, je me dis que je dois avoir une chance de les rattraper a Aralsk.
Apres avoir retrouve avc bonheur le bitume dans un etat acceptable, j'estime pouvoir arriver en ville avant la nuit, ca va me changer. Je peux me permettre quelques arrets pour regarder un troupeau de dromadaires, ou tenter de prendre en photo un des aigles qui ont decide que les jalons kilometriques (un bon metre cinquante de haut) faisaient d'excellents perchoirs et postes d'observation. Il y en a presque sur chaque poteau, comme des sentinelles. Quand je passe assez vite, ils ne s'envolent pas et se contentent de me devisager, mais a chaque fois que je tente de m'approcher un peu lentement ils decollent sans demander leur reste.
A vingt kilometres de l'arrivee, des types en treillis, arretes avec leurs 4x4 sur une espece d'aire au bord de la route, me fond de grands signes avec une lampe de poche. Je m'arrete pour aller discuter un peu, j'avais besoin de me degourdir les jambes de toute facon. Ils s'averent etre des chasseurs de lapin, qui rentraient chez eux, a Kizilorda, plus loin sur la route apres Aralsk. Ils m'invitent a diner, me disant qu'ils vont camper la. J'hesite un peu, mais comme je crains un peu d'errer longtemps en ville a la recherche de l'hotel, pourquoi pas finalement, j'accepte. Au menu, viande de dromadaire et brochettes, vraiment excellentes. Ils m'invitent a dormir dans une de leur voiture, ce sera un peux plus confortable que ma tente sur le sol dur. Le probleme, c'est qu'une pluie pas trop mechante les chasse de dehors, ils viennent continuer a boire de la vodka dans la voiture ou je tentais de m'endormir. Je somnole comme je peux en attendant qu'ils se couchent. Je suis reveille vers 2h par mon voisin, qui ronfle comme un soufflet de forge. C'est impressionnant, j'ai l'impression qu'il renifle de toutes ses forces a chaque fois. Impossible de retrouver le sommeil, apres une heure a ce regime je me decide a aller deplier ma tente. A l'aube, mes compagnons filent en me laissant un numero de telephone si je veux passer dormir chez eux a Kizilorda.
Encore un peu au radar, je mets un moment a tout ranger et etre pret a repartir, ce qui laisse le temps a une famille russe de debarquer. Le fils aine, a paue pres 16 ans, regarde la moto avec envie, son pere me confie qu'il reve d'en avoir une plus tard. Epatee par mon trajet et probablement apitoyee par mon air ebouriffe, la mere me donne une poignee de bonbons, et juste avant de partir le pere ajoute une boite de sardines... Je dois vraiment pas ressembler a grand chose.
A Aralsk, enfin un hotel avec un vrai lit. Bon la douche c'est pas ca, une vieille baignoire courte dans laquelle on s'assied, pas de tuyau de douche ni d'eau chaude. Enfin, on fait avec. Apres le dejeuner, sur le port desormais perdu dans les sables, je tombe sur les trois cyclistes, qui s'attendaient a me voir, ayant repere la moto devant l'hotel (le seul de la ville).
Deux Olivier et un Arnaud, qui attirent encore plus l'attention que moi quand ils arrivent en ville: l'un a une remorque, l'autre un velo couche, le dernier un grand chapeau...
Ils n'etaient pas partis ensemble mais se sont croise sur la route.
Je les quitte le lendemain, eux partent vers l'est, moi je fais un detour vers la mer d'Aral pour aller voir les bateaux echoues. Soixante kilometre de piste rocailleuse pour enfin trouver quatre epaves rouillees, posees sur la steppe ou des centaines de coquillages craquent sous les pieds, alors que tout autour on ne voit qu'un paysage de poussiere.
mercredi 2 juillet 2008
Aqtobe
Au matin, je prends le chemin d'Aqtobe, guide pour sortir de la ville par
Liocha, qui m'aura decidement beaucoup aide et aura toujours refuse de me
laisser payer quoi que ce soit. Suivent des centaines de kilometres de
steppe, la route file droit au milieu de l'herbe. A un moment, quelques
rapaces (pas gros, genre buse) qui trainaient sur la route; en bons oiseaux
de proie, aux sens affutes du chasseur, ils prennent leur envol devant moi.
Sauf un, qui me remarque un peu tard et decolle dans la mauvaise direction.
A cent a l'heure, je sens un choc sourd contre mon tibia. J'ai pas trop pu
voir la bete apres coup, mais a en juger pas la douleur dans ma jambe, le
piaf a pas vraiment du apprecier. Darwin, c'est a toi que je dedie mon
premier gibier.
Plus loin, je m'arrete pour regarder un quelques chevaux traverser la route.
J'allais repartir quand je remarque un gamin qui court vers moi en me
faisant de grands signes pour que je ne reparte pas. Nabat, 14 ans, gardien
des chevaux et curieux comme tout de savoir ce que je fais la. Il est
rejoint peu apres par deux petits freres a velo. Nabat finit par me demander
timidement s'il peut essayer le casque. Les petits freres n'osent pas
demander si eux aussi ils peuvent essayer, mais en voyant leurs yeux
agrandsi d'envie je les invite a le faire. Surtout, je finis enfin par
arriver sur cette mauvaise route que tout le monde me promet depuis des
kilometres. Cette fois, la reputation n'est pas volee. La route est en
reconstruction, donc j'ai le droit en alternance a des morceaux refaits et a
des portions inacessibles, qu'il faut contourner pendant des kilometres, en
utilisant les pistes de sable paralleles. Sauf qu'il a plu recemment, et que
par endroits je me retrouve face a des mares de boue infranchissable a moto,
il faut passer dans les broussailles, et encore parfois c'est justes. Ca
dure une bonne centaine de kilometres, le nuit tombe, je commence a redouter
la pluie et la panne seche, y a pas beaucoup de stations dans le coin. Ce
n'est que vers 22h, en pleine nuit, que j'arrive a rejoindre un village ou
un policier me fait signe de m'arreter a l'entree pour un controle de
routine. Pendant qu'il vient vers moi, je m'affale sur le reservoir, content
d'etre arrive au bout de mes peines. Il ne me demande meme pas mon passeport
et se contente de me poser des questions sur mon trajet, ca lui fait un peu
de distraction... C'est le deuxieme flic kazakh a me faire le coup, bonne
surprise pour moi qui m'attendais plutot a devoir batailler pour prouver que
je suis en regle et ne pas payer trop de bakchichs.
A cote de la station, je trouve un cafe (qui a l'interieur a un faux air de
caravane) et mange un morceau, entre une table de routiers russes et de
jeunes kazakhs. La glace met un moment a se briser, mais les jeunes
commencent a me poser des questions et tout le monde finit par participer.
Je renonce a continuer vers Aqtobe ce soir car on me promet que la route
n'est pas mieux, et un des routiers m'invite a dormir dans la cabine de son
camion, si ca ne me derange pas de me reveiller a six heures le lendemain.
Ca me fera pas beaucoup de sommeil mais je dormirai au chaud, ca me va.