jeudi 29 mai 2008

Gdansk - 2 500 km

. . . Comme le premier jour, je decide de faire en sorte d'arriver tot a destination et pars donc des les premieres lueurs du jour, aux alentours de 15 heures. Confiant (naif?), je suis le premier panneau venu indiquant une autoroute, qui s'avere - mais bien tard - etre celle de Hambourg, quasiment le chemin pour retourner au Danemark. Plutot que de revenir dans le centre ville, j'essaye de couper par ce que je pense etre la banlieue de Berlin, en fait plutot le debut de la cambrousse. Comme a chaque fois que je suis perdu dans un endroit civilise sans carte, je me fie aux plans d'abribus pour retrouver mon chemin; l'inconvenient c'est que ca manque un peu de vue d'ensemble, donc je suis des routes qui ne sont pas vraiment des nationales...

. . . Ayant retrouve mon chemin mais perdu une heure, je decide d'entrer en Pologne vers Szczecin, optant pour une route pres de la cote plutot qu'au milieu des terres, avec le vague espoir d'apercevoir la mer ou de sentir les embruns a un moment ou un autre. Je fete comme au Danemark mon entree dans un pays inconnu de quelques joyeux coups de klaxon et deux ou trois zig-zags.
. . . Malheureusement pour moi, aux abords de la ville trop de routes se croisent et trop peu de panneaux indiquent, donc j'arrive a finir grosso modo dans la bonne direction mais pas vraiment sur la bonne route.

. . . Je profite de cette visite de la campagne polonaise pour decouvrir la conduite locale. Si les Allemands font peu de cas des limitations de vitesses, au moins les lignes ils savent ce que ca veut dire, alors que les Polonais, pas trop trop. Sur toute route a deux voies, ils se sentent autorises a depasser en utilisant la voie d'en face en quasiment toute circonstance ne menacant pas directement leur vie. L'innocent voyageur (surtout moi mais aussi occasionnellement certains autochtones peu presses) roulant a un malheureux 100 sur une route naivement limitee a 70 a souvent interet a se rabattre sur la bande d'arret d'urgence pour laisser passer ceux de derriere, qui sinon trepignent d'impatience en tentant de deboiter a la moindre occasion. Ca veut aussi dire qu'il faut surveiller regulierement son retro, sous peine de se faire surprendre trop souvent par des voitures jaillissant de l'angle mort sans prevenir. Bref, pas de quoi s'ennuyer.

. . . Au fur et a mesure du chemin, un doute grandit en moi et mon ame en tressaille: suis-je sur la bonne route? Le coin regorge de panneaux annoncant le moindre patelin, mais pour ce qui est grandes directions et stations services, zero. Je finis par demander a un tricycliste errant au bord de la route, et obligemment il m'indique que pour aller Gdansk, c'est la d'ou je viens, j'ai du louper un embranchement. Bon.
. . . Je rebrousse donc chemin, mais par mesure de precaution je m'arrete au village suivant (environ a peu pres exactement sept maisons) pour me faire confirmer tout ca. On m'indique c'est a droite mais aussi a gauche, c'est comme je veux, les deux chemins c'est pareil, mais a droite c'est mieux (comme disait le tricycliste). Un peu dubitatif, j'en profite tout de meme pour faire part de mon inquietude concernant mon reservoir bientot vide. Le chemin de droite gagne des points, il faut que je le prenne pour aller a Goleniów (que j'entends a peu pres "Goléniouf") ou sans aucun doute je trouverai une station.

. . . A Goleniow donc, je trouve mon bonheur et en profite meme pour faire une petite halte pour visiter l'eglise. J'y surpends une trentaine de fideles attendant manifestement que la messe commence, et je decide de rester discretement au fond pour voir au moins le debut. Je m'eclipse apres quelques cantiques (avec choristes) et reprends la route sous un soleil bien trop bas a mon gout. Enfin revenu sur une route plus large et indiquant clairement Gdansk avec la distance restante, et je peux me rendre compte qu'il y a peu de chance que j'y arrive.
. . . Avec le soir et comme en Allemagne arrivent des cohortes d'insectes qui viennent gaiement se fracasser sur mon casque, m'obligeant a un nettoyage regulier sous peine de voir la vie en vert. La suite confirme ma premiere impression, je ne roule pas assez vite pour arriver a une heure decente a Gdansk, donc je me mets a regarder ca et la s'il n'y a pas un coin de foret bucolique qui pourrait m'accueillir pour la nuit. Malheureusement, les alentours c'est surtout des champs et des petits bosquets, et puis de toute facon il fait pas tres chaud, ca ne me fait pas specialement rever de passer la nuit dehors.

. . . Vaincu par le froid, je finis vers minuit par decider de piquer un petit roupillon dans une station service en attendant le jour. J'en choisis une ouverte toute la nuit, y entre avec mon air le plus innocent du monde, flane un peu dans les rayons pour passer pour un inoffensif client, puis une fois la mefiance des vendeurs endormie, je passe a l'attaque: j'achete un truc a grignoter et vais le deguster au fond de la station, attable avec un livre a la main. Apres une dizaine de minutes, je m'endors comme je peux sur ma chaise. Je me reveille certes toutes les demi-heures a cause de l'inconfort et des clients, mais au moins je peux constater que les vendeurs ne manifestent pas la moindre intention de me mettre a la porte.

. . . J'arrive le lendemain en fin de matinee a Gdansk, et moi qui y allais juste pour l'interet historique et attendais un turc genre beton-chantiers navals-solidarnosc, je decouvre la vieille ville hanseatique en briques, pleine d'eglises. C'est un regal pour le promeneur, mais on y croise beaucoup de groupes de touristes - dont enormement d'Allemands, qui sont apparemment venus reconquerir Danzig par la maniere douce.

mercredi 28 mai 2008

Berlin - 2 000 km

. . . Je fus un peu plus prevoyant pour l'etape suivante: je partis plus tot, pour une distance plus courte, et me decidai a prendre le ferry. Apres avoir passe sans dechirement de coeur une derniere petite heure sur les routes danoises, j'embarquai pour Rostock, et decidai de visiter un peu la ville, ce que j'avais regrette de ne pas avoir pu faire a Lubeck. Je passai environ une heure et demie a marcher dans la vieille ville, qui sans etre incontournable valait quand meme le coup d'oeil.

. . . J'arrivai a Berlin vers 22 heures, bien plus tard que prevu mais largement dans les limites du raisonnable. J'eus un peu de mal a trouver le 44 Brunnenstrasse ou habitait PO (je ne squatte que chez des Pierre-Olivier, c'est un principe de vie): les indications etaient "pres de la station Bernauer Strasse". Je trouvai facilement la station mais le numero le plus proche etait le 136. Un peu intrigue, je reperai sur la droite le 134, et remontai donc la rue dans ce sens. Je passai deux stations de metro sans me rapprocher sensiblement du 44, en commencant a me dire que soit le "pres de" etait tres largement exagere, soit on ne parlait pas de la meme station.

. . . C'est au moment ou les immeubles du cote pair de la rue, au niveau du 120, cederent la place a une voie de chemin de fer puis un grand bosquet d'arbres, et que j'arrivai a la troisieme station de metro, que je trouvai tout ca decidement trop louche (je suis perspicace) et fis demi-tour. De l'autre cote de la rue apparut alors le 118: bon sang mais c'etait donc ca, la rue etait numerotee en U, le 136 devait donc faire face a quelque chose comme le 60, et le 44 etait donc bien a proximite de la station promise. Etrange numerotation, mais apparemment pas la pire de ce qu'on peut trouver a Berlin.

. . . Je restai deux jours en ville, a l'architecture bien mois stalino-betonno-annees soixante que je ne l'avais craint, et vis plus des biergarten, des vieilles pierres et des musees de vieilles pierres que la facette branchee-bobo-art moderne-tout ca tout ca, mais il faudra que je revienne, Berlin merite plus que ces deux petits jours.

jeudi 22 mai 2008

Copenhague - 1 400 km

. . . Pour le premier jour du voyage, le 21 mai, j'etais sur le depart des l'aube, vers 15 ou 16 heures, afin de mettre toutes les chances de mon cote pour boucler facilement la premiere etape, que j'avais choisie plutot courte (dans les 1500 kilometres) afin de me mettre dans le bain sans trop forcer.

. . . Les premieres heures se deroulerent sans accroc, mais je me rendis vite compte que j'allais beaucoup moins vite que ce que je pensais, etant oblige de rouler a 110 a cause de mes grosses valises laterales, a l'aerodynamisme particulierement etudie. Plus ca allait, plus je revoyais a la hausse mon heure d'arrivee, et apres avoir promis a PO d'arriver "dans la soiree", je corrigeai rapidement en un "en pleine nuit". Nuit qui me surprit sur a peu pres au moment ou je passais de Belgique en Allemagne, et fit chuter le thermometre bien plus bas que ce que j'avais naivement espere; j'enfilai un thermolactyl a col roule histoire de ne pas geler trop vite. Pas demonte pour autant, cramponne a mon guidon et a l'illusion que j'avais deja fait facilement la moitie du chemin, et bien decide a ne pas flancher des la premiere etape, je poursuivis sans trop me poser de questions.

. . . La moyenne prit encore un sacre coup a partir de 23 heures environ, quand je devins oblige de m'arreter vingt minutes toutes les demi-heures de trajet pour me rechauffer. Le torse et les pieds ca allait a peu pres, mais mes jambes s'engourdissaient a une vitesse desesperante et a chaque fois que je descendais de moto, je titubais quelques pas, le temps qu'elles me soutiennent assez pour que je ne passe pas pour ivre mort.

. . . Je tenais de moins en moins bien, regardant les kilometres s'additionner avec une lenteur desesperante, et decidai de m'accorder une pause un peu plus longue et d'avaler un morceau. J'avisai donc le restaurant le plus proche mais, manque de chance, il avait ferme depuis deux bonnes heures. Heureusement, le hall etait chauffe, et j'allai m'y asseoir et tentai de lier la conversation (en allemand) avec la dame pipi, qui avait l'air de s'ennuyer la autant que moi sur la route. J'eus surprenament peu de succes au debut de ma tentative de contact, mais je finis par saisir que mon interlocutrice etait Lituanienne et parlait tres mal l'allemand. Donc bon, nous discutames tant bien que mal, et sous peu je me vis offrir un tasse de the - ca devait se voir que je ne mourais pas de chaud - rapidement suivie d'un bagel saumon-oeuf-mayonnaise-oignons. J'hesitai un peu, voyant bien que c'etait son diner, mais elle me dit que le restaurant le lui avait donne, mais qu'elle ne l'aimait pas et ne le mangerait pas de toute facon. La conscience tranquille, je ne laissai aucune chance a l'innocent bagel.

. . . Ragaillardi, je repris la route, mais mon enthousiasme fut refroidi aussi vite que mes jambes, et je dus rapidement faire une nouvelle pause, dans un autre restaurant, ouvert celui-ci. Sans que je le veuille vraiment, je m'assoupis une grosse demi-heure dans un fauteuil finalement bien confortable. La route etait ennuyeuse a mourir - ma seule distraction etait de regarder mon compteur de kilometres compter les kilometres - mais pas vraiment dangereuse, il fallait juste renoncer une bonne fois pour toute a rouler sur la voie de gauche et laisser, la larme a l'oeil, les BM, Audi et consorts filer vers un horizon chaud et clement; ma seule vraie preoccupation etait de surveiller l'essence, les stations etant souvent espacees d'une cinquantaine de kilometres donc il valait mieux ne pas me louper sous peine de geler au bord de la route.

. . . L'aube vint heureusement tot, mais la chaleur mit longtemps a suivre, les faiblards rayons du soleil peinant a dissiper l'humidite. Au moins, le pire etait passe, et je poursuivis ma route en esperant en finir au plus vite, mais mes paupieres lourdes se rappelerent de plus en plus souvent a mon bon souvenir. Quand je me mis a somnoler (peu recommande a moto), je n'eus plus le choix et m'obligeai a une sieste a la sauvette sur une table en bois d'une aire d'autoroute.

. . . J'arrivai enfin aux environs de Lubeck, mais au dernier moment, au lieu de prendre le ferry, je decidai (y a des jours y a des idees qui viennent comme ca, on se demande pourquoi...) de rallier Copenhague par la route uniquement, et repartis donc vers Kiel. Ce fut la bonne surprise de la matinee, car je me retrouvai sur des nationales tranquilles, un peu sinueuses, sous un soleil radieux et enfin chaleureux; j'y passai une des heures les plus agreables du trajet.

. . . Mon detour me permit de visiter un peu le Danemark, pas particulierement interessant il faut l'avouer. Entre l'ile de Fionie et celle de Sjaelland, je passai sur un grand pont en deux parties, prenant appui en son milieu sur une petite ile surmontee d'un phare, que je tentai vainement de visiter, me voyant refuser l'entree sous le fallacieux pretexte que c'etait reserve a je ne sais quelle administration danoise. Tant pis, j'en profitai pour faire une pause et prendre la photo que voici - on se distrait comme on peut-, puis je previns PO que l'arrivee "en pleine nuit" se ferait selon toute vraisemblance "au beau milieu de la journee".

. . . Apres m'etre acquite du peage reglementaire et scandaleusement cher - une quinzaine d'euros en moto, moitie moins de roues donc moitie prix - pour aborder l'ile, je me lancai sur la derniere partie du trajet. Voulant trop vite en finir, je surestimai l'autonomie de la moto, qui se mit a toussoter - panne seche en vue - au milieu de l'autoroute, et je dus en urgence sortir chercher une station dans le patelin le plus proche. Une fois le plein fait, la fatigue prit ma vigilance en defaut: arrete a un feu rouge juste a la sortie de la station, je voulus passer devant une voiture mais oubliai que les deux valises valaient a la moto la sveltesse d'une armoire normande, et je me retrouvai a plat sur le bitume, les yeux dans les nuages.

. . . Me relevant, je ne pus que constater les degats, j'avais embouti le pare-chocs de la BM devant moi, casse mon retroviseur gauche et surtout la poignee d'embrayage, ce qui rendait la moto inconduisible. Je m'en etais tire avec quelques egratignures au tibia, mais je passai un bon moment a me traiter d'abruti fini. C'etait rageant, je n'etais qu'a 10 kilometres du centre de Copenhague, mais apres 24 heures de trajet et pas tellement plus de 2 heures de sommeil, c'etait couru. Un accident par jour de voyage, c'etait peut-etre un peu trop pour mon budget, a ce train la j'allais devoir faire demi-tour en Allemagne.

. . . Maigre consolation, ma victime se montra compatissante, me conduisant a destination et me proposant des numeros de depanneurs, mais me decouragea de regler a l'amiable, car sachant que le changement recent de ses quatre pneus avait coute pas loin de 3 000 euros, le pare-chocs risquait de ne pas etre donne.

. . . Je passai donc ma journee du lendemain sur un velo pour aller acheter une nouvelle poignee (dans un magasin Kavézaki, comme disent les indigenes) et la changer moi-meme, ayant diagnostique la veille que c'etait a la portee de mes bien pietres talents de mecanicien (devisser une vis, enlever la poignee cassee, mettre la nouvelle, revisser la vis, tadaam).

. . . C'est apres que je pus enfin profiter de la ville, pas bien grande mais jolie et tres agreable a arpenter a velo, certes seulement une fois les beaux jours venus, me preciserent ceux qui avaient eu l'inestimable chance d'y passer l'hiver.