. . . Pour le premier jour du voyage, le 21 mai, j'etais sur le depart des l'aube, vers 15 ou 16 heures, afin de mettre toutes les chances de mon cote pour boucler facilement la premiere etape, que j'avais choisie plutot courte (dans les 1500 kilometres) afin de me mettre dans le bain sans trop forcer.
. . . Les premieres heures se deroulerent sans accroc, mais je me rendis vite compte que j'allais beaucoup moins vite que ce que je pensais, etant oblige de rouler a 110 a cause de mes grosses valises laterales, a l'aerodynamisme particulierement etudie. Plus ca allait, plus je revoyais a la hausse mon heure d'arrivee, et apres avoir promis a PO d'arriver "dans la soiree", je corrigeai rapidement en un "en pleine nuit". Nuit qui me surprit sur a peu pres au moment ou je passais de Belgique en Allemagne, et fit chuter le thermometre bien plus bas que ce que j'avais naivement espere; j'enfilai un thermolactyl a col roule histoire de ne pas geler trop vite. Pas demonte pour autant, cramponne a mon guidon et a l'illusion que j'avais deja fait facilement la moitie du chemin, et bien decide a ne pas flancher des la premiere etape, je poursuivis sans trop me poser de questions.
. . . La moyenne prit encore un sacre coup a partir de 23 heures environ, quand je devins oblige de m'arreter vingt minutes toutes les demi-heures de trajet pour me rechauffer. Le torse et les pieds ca allait a peu pres, mais mes jambes s'engourdissaient a une vitesse desesperante et a chaque fois que je descendais de moto, je titubais quelques pas, le temps qu'elles me soutiennent assez pour que je ne passe pas pour ivre mort.
. . . Je tenais de moins en moins bien, regardant les kilometres s'additionner avec une lenteur desesperante, et decidai de m'accorder une pause un peu plus longue et d'avaler un morceau. J'avisai donc le restaurant le plus proche mais, manque de chance, il avait ferme depuis deux bonnes heures. Heureusement, le hall etait chauffe, et j'allai m'y asseoir et tentai de lier la conversation (en allemand) avec la dame pipi, qui avait l'air de s'ennuyer la autant que moi sur la route. J'eus surprenament peu de succes au debut de ma tentative de contact, mais je finis par saisir que mon interlocutrice etait Lituanienne et parlait tres mal l'allemand. Donc bon, nous discutames tant bien que mal, et sous peu je me vis offrir un tasse de the - ca devait se voir que je ne mourais pas de chaud - rapidement suivie d'un bagel saumon-oeuf-mayonnaise-oignons. J'hesitai un peu, voyant bien que c'etait son diner, mais elle me dit que le restaurant le lui avait donne, mais qu'elle ne l'aimait pas et ne le mangerait pas de toute facon. La conscience tranquille, je ne laissai aucune chance a l'innocent bagel.
. . . Ragaillardi, je repris la route, mais mon enthousiasme fut refroidi aussi vite que mes jambes, et je dus rapidement faire une nouvelle pause, dans un autre restaurant, ouvert celui-ci. Sans que je le veuille vraiment, je m'assoupis une grosse demi-heure dans un fauteuil finalement bien confortable. La route etait ennuyeuse a mourir - ma seule distraction etait de regarder mon compteur de kilometres compter les kilometres - mais pas vraiment dangereuse, il fallait juste renoncer une bonne fois pour toute a rouler sur la voie de gauche et laisser, la larme a l'oeil, les BM, Audi et consorts filer vers un horizon chaud et clement; ma seule vraie preoccupation etait de surveiller l'essence, les stations etant souvent espacees d'une cinquantaine de kilometres donc il valait mieux ne pas me louper sous peine de geler au bord de la route.
. . . L'aube vint heureusement tot, mais la chaleur mit longtemps a suivre, les faiblards rayons du soleil peinant a dissiper l'humidite. Au moins, le pire etait passe, et je poursuivis ma route en esperant en finir au plus vite, mais mes paupieres lourdes se rappelerent de plus en plus souvent a mon bon souvenir. Quand je me mis a somnoler (peu recommande a moto), je n'eus plus le choix et m'obligeai a une sieste a la sauvette sur une table en bois d'une aire d'autoroute.
. . . J'arrivai enfin aux environs de Lubeck, mais au dernier moment, au lieu de prendre le ferry, je decidai (y a des jours y a des idees qui viennent comme ca, on se demande pourquoi...) de rallier Copenhague par la route uniquement, et repartis donc vers Kiel. Ce fut la bonne surprise de la matinee, car je me retrouvai sur des nationales tranquilles, un peu sinueuses, sous un soleil radieux et enfin chaleureux; j'y passai une des heures les plus agreables du trajet.
. . . Mon detour me permit de visiter un pe
u le Danemark, pas particulierement interessant il faut l'avouer. Entre l'ile de Fionie et celle de Sjaelland, je passai sur un grand pont en deux parties, prenant appui en son milieu sur une petite ile surmontee d'un phare, que je tentai vainement de visiter, me voyant refuser l'entree sous le fallacieux pretexte que c'etait reserve a je ne sais quelle administration danoise. Tant pis, j'en profitai pour faire une pause et prendre la photo que voici - on se distrait comme on peut-, puis je previns PO que l'arrivee "en pleine nuit" se ferait selon toute vraisemblance "au beau milieu de la journee".
. . . Apres m'etre acquite du peage reglementaire et scandaleusement cher - une quinzaine d'euros en moto, moitie moins de roues donc moitie prix - pour aborder l'ile, je me lancai sur la derniere partie du trajet. Voulant trop vite en finir, je surestimai l'autonomie de la moto, qui se mit a toussoter - panne seche en vue - au milieu de l'autoroute, et je dus en urgence sortir chercher une station dans le patelin le plus proche. Une fois le plein fait, la fatigue prit ma vigilance en defaut: arrete a un feu rouge juste a la sortie de la station, je voulus passer devant une voiture mais oubliai que les deux valises valaient a la moto la sveltesse d'une armoire normande, et je me retrouvai a plat sur le bitume, les yeux dans les nuages.
. . . Me relevant, je ne pus que constater les degats, j'avais embouti le pare-chocs de la BM devant moi, casse mon retroviseur gauche et surtout la poignee d'embrayage, ce qui rendait la moto inconduisible. Je m'en etais tire avec quelques egratignures au tibia, mais je passai un bon moment a me traiter d'abruti fini. C'etait rageant, je n'etais qu'a 10 kilometres du centre de Copenhague, mais apres 24 heures de trajet et pas tellement plus de 2 heures de sommeil, c'etait couru. Un accident par jour de voyage, c'etait peut-etre un peu trop pour mon budget, a ce train la j'allais devoir faire demi-tour en Allemagne.
. . . Maigre consolation, ma victime se montra compatissante, me conduisant a destination et me proposant des numeros de depanneurs, mais me decouragea de regler a l'amiable, car sachant que le changement recent de ses quatre pneus avait coute pas loin de 3 000 euros, le pare-chocs risquait de ne pas etre donne.
. . . Je passai donc ma journee du lendemain sur un velo pour aller acheter une nouvelle poignee (dans un magasin Kavézaki, comme disent les indigenes) et la changer moi-meme, ayant diagnostique la veille que c'etait a la portee de mes bien pietres talents de mecanicien (devisser une vis, enlever la poignee cassee, mettre la nouvelle, revisser la vis, tadaam).
. . . C'est apres que je pus enfin profiter de la ville, pas bien grande mais jolie et tres agreable a arpenter a velo, certes seulement une fois les beaux jours venus, me preciserent ceux qui avaient eu l'inestimable chance d'y passer l'hiver.
. . . Les premieres heures se deroulerent sans accroc, mais je me rendis vite compte que j'allais beaucoup moins vite que ce que je pensais, etant oblige de rouler a 110 a cause de mes grosses valises laterales, a l'aerodynamisme particulierement etudie. Plus ca allait, plus je revoyais a la hausse mon heure d'arrivee, et apres avoir promis a PO d'arriver "dans la soiree", je corrigeai rapidement en un "en pleine nuit". Nuit qui me surprit sur a peu pres au moment ou je passais de Belgique en Allemagne, et fit chuter le thermometre bien plus bas que ce que j'avais naivement espere; j'enfilai un thermolactyl a col roule histoire de ne pas geler trop vite. Pas demonte pour autant, cramponne a mon guidon et a l'illusion que j'avais deja fait facilement la moitie du chemin, et bien decide a ne pas flancher des la premiere etape, je poursuivis sans trop me poser de questions.
. . . La moyenne prit encore un sacre coup a partir de 23 heures environ, quand je devins oblige de m'arreter vingt minutes toutes les demi-heures de trajet pour me rechauffer. Le torse et les pieds ca allait a peu pres, mais mes jambes s'engourdissaient a une vitesse desesperante et a chaque fois que je descendais de moto, je titubais quelques pas, le temps qu'elles me soutiennent assez pour que je ne passe pas pour ivre mort.
. . . Je tenais de moins en moins bien, regardant les kilometres s'additionner avec une lenteur desesperante, et decidai de m'accorder une pause un peu plus longue et d'avaler un morceau. J'avisai donc le restaurant le plus proche mais, manque de chance, il avait ferme depuis deux bonnes heures. Heureusement, le hall etait chauffe, et j'allai m'y asseoir et tentai de lier la conversation (en allemand) avec la dame pipi, qui avait l'air de s'ennuyer la autant que moi sur la route. J'eus surprenament peu de succes au debut de ma tentative de contact, mais je finis par saisir que mon interlocutrice etait Lituanienne et parlait tres mal l'allemand. Donc bon, nous discutames tant bien que mal, et sous peu je me vis offrir un tasse de the - ca devait se voir que je ne mourais pas de chaud - rapidement suivie d'un bagel saumon-oeuf-mayonnaise-oignons. J'hesitai un peu, voyant bien que c'etait son diner, mais elle me dit que le restaurant le lui avait donne, mais qu'elle ne l'aimait pas et ne le mangerait pas de toute facon. La conscience tranquille, je ne laissai aucune chance a l'innocent bagel.
. . . Ragaillardi, je repris la route, mais mon enthousiasme fut refroidi aussi vite que mes jambes, et je dus rapidement faire une nouvelle pause, dans un autre restaurant, ouvert celui-ci. Sans que je le veuille vraiment, je m'assoupis une grosse demi-heure dans un fauteuil finalement bien confortable. La route etait ennuyeuse a mourir - ma seule distraction etait de regarder mon compteur de kilometres compter les kilometres - mais pas vraiment dangereuse, il fallait juste renoncer une bonne fois pour toute a rouler sur la voie de gauche et laisser, la larme a l'oeil, les BM, Audi et consorts filer vers un horizon chaud et clement; ma seule vraie preoccupation etait de surveiller l'essence, les stations etant souvent espacees d'une cinquantaine de kilometres donc il valait mieux ne pas me louper sous peine de geler au bord de la route.
. . . L'aube vint heureusement tot, mais la chaleur mit longtemps a suivre, les faiblards rayons du soleil peinant a dissiper l'humidite. Au moins, le pire etait passe, et je poursuivis ma route en esperant en finir au plus vite, mais mes paupieres lourdes se rappelerent de plus en plus souvent a mon bon souvenir. Quand je me mis a somnoler (peu recommande a moto), je n'eus plus le choix et m'obligeai a une sieste a la sauvette sur une table en bois d'une aire d'autoroute.
. . . J'arrivai enfin aux environs de Lubeck, mais au dernier moment, au lieu de prendre le ferry, je decidai (y a des jours y a des idees qui viennent comme ca, on se demande pourquoi...) de rallier Copenhague par la route uniquement, et repartis donc vers Kiel. Ce fut la bonne surprise de la matinee, car je me retrouvai sur des nationales tranquilles, un peu sinueuses, sous un soleil radieux et enfin chaleureux; j'y passai une des heures les plus agreables du trajet.
. . . Mon detour me permit de visiter un pe
u le Danemark, pas particulierement interessant il faut l'avouer. Entre l'ile de Fionie et celle de Sjaelland, je passai sur un grand pont en deux parties, prenant appui en son milieu sur une petite ile surmontee d'un phare, que je tentai vainement de visiter, me voyant refuser l'entree sous le fallacieux pretexte que c'etait reserve a je ne sais quelle administration danoise. Tant pis, j'en profitai pour faire une pause et prendre la photo que voici - on se distrait comme on peut-, puis je previns PO que l'arrivee "en pleine nuit" se ferait selon toute vraisemblance "au beau milieu de la journee".. . . Apres m'etre acquite du peage reglementaire et scandaleusement cher - une quinzaine d'euros en moto, moitie moins de roues donc moitie prix - pour aborder l'ile, je me lancai sur la derniere partie du trajet. Voulant trop vite en finir, je surestimai l'autonomie de la moto, qui se mit a toussoter - panne seche en vue - au milieu de l'autoroute, et je dus en urgence sortir chercher une station dans le patelin le plus proche. Une fois le plein fait, la fatigue prit ma vigilance en defaut: arrete a un feu rouge juste a la sortie de la station, je voulus passer devant une voiture mais oubliai que les deux valises valaient a la moto la sveltesse d'une armoire normande, et je me retrouvai a plat sur le bitume, les yeux dans les nuages.
. . . Me relevant, je ne pus que constater les degats, j'avais embouti le pare-chocs de la BM devant moi, casse mon retroviseur gauche et surtout la poignee d'embrayage, ce qui rendait la moto inconduisible. Je m'en etais tire avec quelques egratignures au tibia, mais je passai un bon moment a me traiter d'abruti fini. C'etait rageant, je n'etais qu'a 10 kilometres du centre de Copenhague, mais apres 24 heures de trajet et pas tellement plus de 2 heures de sommeil, c'etait couru. Un accident par jour de voyage, c'etait peut-etre un peu trop pour mon budget, a ce train la j'allais devoir faire demi-tour en Allemagne.
. . . Maigre consolation, ma victime se montra compatissante, me conduisant a destination et me proposant des numeros de depanneurs, mais me decouragea de regler a l'amiable, car sachant que le changement recent de ses quatre pneus avait coute pas loin de 3 000 euros, le pare-chocs risquait de ne pas etre donne.
. . . Je passai donc ma journee du lendemain sur un velo pour aller acheter une nouvelle poignee (dans un magasin Kavézaki, comme disent les indigenes) et la changer moi-meme, ayant diagnostique la veille que c'etait a la portee de mes bien pietres talents de mecanicien (devisser une vis, enlever la poignee cassee, mettre la nouvelle, revisser la vis, tadaam).
. . . C'est apres que je pus enfin profiter de la ville, pas bien grande mais jolie et tres agreable a arpenter a velo, certes seulement une fois les beaux jours venus, me preciserent ceux qui avaient eu l'inestimable chance d'y passer l'hiver.
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