Ca aurait fait plaisir au douanier de Termez, je file le lendemain vers la frontiere. Un chef de poste de controle ouzbek sur le chemin tente de me faire payer une amende parce que je ne suis pas passe au panneau Stop a 10 a l'heure (il n'avait probablement pas tout a fait tort). Je protesteun peu et arrive a echanger l'amende contre un tour a moto (decision probablement tres stupide, a ne pas repeter). Le mec ne traite pas mon destrier avec le doigte requis - ce n'est de toute facon pas la specialite des policiers ouzbeks - et reussit a derailler a cent metres du poste, alors qu'il revenait. Le chaine n'etait pas tres tendue, je voualis remedier a ca a Douchanbe, l'incident ne fait que confirmer qu'il le fallait. En echange de la moto, je prends son kepi, qu'il avait laisse a un collegue, et je vais lui preter main forte. On repare sans trop de problemes mais il est dans ses petits souliers, tellement que je dois me controler pour eviter de rire, et j'hesite meme a faire un scandale et lui recalmer des sous pour le voir encore plus piteux. Je jubile parce qu'il y a de bonnes chances qu'il se fasse charrier par ses collegues en retournant au poste, ca lui apprendra a faire le malin avec la moto d'un touriste sans defense.
J'arrive a Douchanbe au milieu de l'apres-midi, je deviens presque bon pour prevoir mon temps de trajet, les arrivees en ville transi de froid au beau milieu de la nuit commencent a me manquer. Petite victoire, ma fidele monture aura donc fete ses 19 ans a la fois en Ouzbekistan et au Kirghizistan, toujours en etat de continuer la route.
Le lendemain matin j'erre une bonne heure a la recherche de l'Ambassade du Kirghizistan, j'aurais besoin d'un visa. Elle a change de place par rapport aux indications du Lonely (ou alors il se gourrait), et je ne suis pas aide par les indications tres tres vagues d'un policier qui ne savait pas vraiment ou c'etait. Je me fais engueuler par un militaire a qui je demande mon chemin, il me montre un policier qui fait la circulation en me disant que c'est a lui qu'il faut demander, pour-qui-je-le-prends-non-mais-ca-va-pas-oh-lui-c'est-un-militaire-pas-que-ca-a-foutre-allez-du-vent. Je finis par trouver, tout ca pour apprendre quele consul et en vacances pour cinq jours, jusqu'au 4 aout. L'employe est certes serviable mais impossible de lui faire cracher de maniere certaine si le consul recommence a travailler le 4 ou s'il revient de deplacement le 4 au soir.
J'en suis reduit a trainer en ville quelques jours, je croise entre autres un couple de francais habitant normalement en Nouvelle-Caledonie et en voyage pour plusieurs mois, se dirigeant vers l'Inde, un motard grec seur les routes depuis plus d'un an, parti de Grece et passe en Inde et au Nepal, remontant vers le Kazakhstan.
Je decouvre aussi quelques coutumes locales: a un feu rouge, les automobilistes sont tres forts pour anticiper quand le feu passera au vert, je suppose que des annees d'entrainement a observer le feu de trois rues a cote et le feu pieton permettent de predire le changement de couleur. Resultat, tout le monde demarre une seconde ou deux avant que le feu passe au vert, a moto je me fais abondamment klaxonner pour ne pas avoir reussi a deviner avec la meme maestria que les indigenes. Mais en contrepartie, quand on est pieton c'est dangereux, rien ne previent quand on n'a plus le temps de traverser, le feu pieton passe de vert a rouge sans prevenir, et quand il est rouge ca veut dire que les voitures ont deja demarre depuis un moment. Moralite, ne jamais s'engager en faisant confiance a un feu vert, il faut essayer de deviner dans le regard plus ou moins alerte des conducteurs les plus proches s'ils sont sur le point d'ecraser la pedale ou pas.
Autre decouverte, les pieces de petite monnaie sont assez rares ici, et souvent dans les magasins quand on doit recuperer quelques centimes on se retrouve avec un bonbon ou un chewing-gum a la place. C'en est au point ou dans les supermarches, dans le tiroir-caisse, il y a un compartiment chewing-gums au meme titre qu'un compartiment pour chaque valeur de billet...
Mal m'a pris d'attendre: je vais a l'ambassade le 4, on me dit que ah non, c'est les 7 qu'il revient. Encore une fois impossible desavoir s'il recommence a travailler le 7 ou le 8. Le 6, on me promet qu'il sera la le 7. Le 7 a 9h, on me dit 11h, mais a 11h on me dit 15h...
vendredi 1 août 2008
Douchanbe
jeudi 31 juillet 2008
Mazar-e-Charif
Ayant abandonne toute idee de faire rentrer le moto, je remonte vers Mazar pour profiter de mes derniers jours de visa ouzbek pour aller au Tadjikistan. Je passe deux nuits chez les Australiens qui m'avaient pris dans leur voiture a mon arrivee dans le pays. Je visite le mausolee d'Ali, lieu saint de l'Islan, les gens ici disent que si on ne peut pas faire son pelerinage a la Mecque (trop cher) on peut le faire ici. Barbu, habille en afghan, je tente d'entrer (c'est interdit aux non musulmans) discretement mais je pense qu'un regard coupable de trop lance au garde avec sa kalachnikov me trahit. Quand il me demande si je suis musulman, je prefere pas le malin et risquer de mefaire lapider, alors j'avoue que non et joue l'idio "ah desole je savais pas". Je reste un peu devant la porte histoire de voir s'il va pas me laisser rentrer par sollicitude, vu que j'ai fait des efforts capillo-vestimentaires, mais non, peine perdue.
Un mec qui etait devant m'accompagne alors que je vais m'asseoir a l'ombre, ecrase que je suis par le chaleur. Il me demande si je comprend le dari, je reponds qu'un peu (bonjour-merci-au revoir) mais il apparemment il comprend que beaucoup. Il me met a me raconter plein de trucs dont je ne saisis pas un traitre mot, mais ca a trait a l'Islam. J'ai le vague espoir qu'il essaie de m'apprendre deux ou trois phrases en arabe pour passer pour un musulman, mais il ya bien plus de chances qu'il soit en train de me dire a quel point l'islam c'est bien et que je devrais me convertir, en commencant par deux trois prieres et un bisou sur une image de la Kaaba la maintenant tout de suite. Apres avoir retrouver le courage de m'exposer au soleil, je rentre chez mes hotes me passer la tete sous le tuyau d'arrosage, y a plus que ca qui serve a quelque chose...
Apres une nuit ecourtee par la chaleur, je pars vers la frontiere en taxi collectif, avec une pointe d'apprehension quant a l'etat dans lequel je vais retrouver la moto. Apres tout, je l'ai laissee a un poste de douane afghan sans avoir en echange le moindre papier qui le prouve; la blague recurrente qu'on me fait depuis que je suis dans le pays c'est qu'au mieux je vais retrouver un velo (un cadre et des roues) au pire je decrouvrirai le plaisir des bus et des trains en Asie Centrale. J'ai dans le taxi un afghan qui a emigre aux US et est revenu voir la famille, qui me rassure en me disant qu'il connait le warlod du coin et que ca devrait pas trop etre un probleme, ils sont assez fiables, s'ils ont dit qu'ils me garderaient la moto ils em la garderont. Il ajoute: "T'as un papier, non?" Comme non, j'en ai pas, il fait fiouuuu d'un air pas vraiment rassurant et n'ajoute plus rien sur le sujet.
Finalement, j'ai tire le jackpot, la moto est intacte et je suis devenu une celebrite au poste de douane. Un mec sur deux me demande si elle est a moi, la moto qui traine la depuis quinze jours. Oui oui c'est moi-meme. Petite sceance de remerciements avec le chef douanier et mon nouveau pote comem traducteur, je suis content de retrouver la monture intacte et lui content que j'ai pu visiter le pays grace a la faveur qu'il m'avait faite de garder la moto, normalement ils font pas ca mais il a fait une exception.
Cote ouzbek, j'ai droit a la premiere vraie fouille de mes bagages depuis mon depart, meme si je leur explique que la moto a pas trop visite le pays, ils preferent verifier que je reviens pas avec quelques kilos d'opium et une ou deux kalachnikov en souvenir. Un douanier me sermonne plusieurs fois, demain est mon dernier jour de visa ouzbek, si j'ai pas deguerpi avant minuit je peux m'attendre a beaucoup de problemes. Je sais je sais, c'est pour ca que je reviens maintenant, pour avoir le temps de traverser vers le Tadjikistan.
lundi 14 juillet 2008
Kaboul
Je tente de rallier directement Termez depuis Tachkent, resque mille kilometres, sachant qu'il faut contourner un bout de Kazakhstan. Eh oui, les frontieres de l'URSS coupent les routes et les cehmins de fer n'importe comment, c'est pas tres genant pour les locaux qui n'ont pas besoin de visas, mais pour les touristes ca signifie des detours frequents, sur des routes pas excellentes. Je pars donc a 6h du matin, mais manque de bol j'arrive a la frontiere a 18h15 alors qu'elle ferme a 18h. Je tente un peu le forcing mais les douaniers sont deja en train de monter dans leur bus pour rentrer chez eux, c'est peine perdue.
A l'ouverture le lendemain (8h) je suis la, mais les douaniers ont moins pnctuels qu'a la fermeture et arrivent au compte goutte. Ce n'est que vers 10h qu'ils sont tous efficaces. Alors que je remplis un papier, de l'autre cote du fleuve qui marque la frontiere (l'Amou-Darya), une explosion retentit. Tout le monde regarde, un panache de fumee s'eleve sur la rive d'en face. Une mine qui vient de sauter, m'explique-t-on. Morbide 14 juillet...
Les douaniers afghans mettent moins de temps a faire leur boulot mais m'expliquent qu'il me manque un papier m'autorisant a conduire mon vehicule en Afghanistan, papier sans lequel ils refusent de prendre la responsabilite de me laisser passer. Ce papier, ils me le montrent, c'est l'ambassade afghane a Tachkent qui le delivre; or ladite ambassade m'a delivre mon visa en sachant que j'y allais a moto et ne m'ont rien donne du tout. Le mec au courant devait etre en vacances. Un douanier afghan repere mon visa ouzbek multi-entrees et me dit que je peux donc retourner a Tachkent recuperer le papier. Ben voyons. J'opte pour l'autre solution, laisser la moto au poste et essayer d'avoir le papier a Kaboul.
Un couple d'australiens qui passait par-la m'offre genereusement de monter dans leur voiture et de m'amener a Mazar-e Charif, ou je prends un taxi pour Kaboul. J'arrive juste a temps pour assister a la fin de la petite fete du 14 juillet dans le jardin de l'ambassade.
A Kaboul, je reste deux semaines a me reposer, loge dans la guest house des anciens collegues de Ronan, qui avait travaille la pendant un an en 2007. Il ya une douche, je peux faire laver mes vetements, les repas sont prepares tous les jours... ca faisant longtemps que j'avais pas eu autant de confort.
Je passe quelques jours au debut a faire le tour des ministeres et de l'ambassade de France, mais l'enlevement de deux francais vers le 18 juillet n'ont pas arrange mes affaires. J'abandonne la partie, je ressortirai donc par la ou je suis venu avant l'expiration de mon visa ouzbek (1er aout), pour aller au Tadjikistan.
mercredi 9 juillet 2008
Tachkent
Un peu plus dispos le lendemain matin, je peux filer vers la frontiere. Au poste de douane, situe sur la route principale a vingt-cinq petits kilometres de Tachkent, on m'apprend que le passage est impossible pour les vehicules et les etrangers, donc les etrangers sur un vehicule peuvent completement oublier. Les douaniers m'expliquent gentiment qu'il faut que j'aille a Yallama pour passer. Je me renseigne un peu, c'est a 80 bornes, docn ca me fait un detour de 160 contre 25 sur la route normal. J'insiste un peu pour voir s'ils veulent vraiment pas me laisser passer, une moto c'est tout petit, rien a voir avec un camion, ils peuvent bien en laisser une par mois, non? Non. Apparemment le cote kazakh est en travaux pour encore un an, ils n'ont pas les tampons ou je sais pas quoi, donc les douaniers me repondent que oui oui, j'ai bien gagne un bonus de 150 km.
Au poste frontiere, je suis presque seul mais il me faut trois heures pour passer, ca reste dans la norme de ce que j'ai eu jusqu'a present. Il faut entrer sans la moto, faire tamponner des papiers, rerentrer avec la moto, verifier les bagages, refaire des tampons, etc. Les kazakhs hors des bureaux (gardes-barriere, etc) essaient tous de me soutirer de l'argent, mais quelques minutes a les regarder en leur montrant que je n'ai aucune intention de payer suffit a les faire abandonner. C'est la premiere fois que j'aurai eu affaire a des policiers un peu gourmands.
Une fois la frontiere passee, je suis frappe par le changement de paysage, aux grands espaces peles succedent des collines assez verdoyantes et cultivees, avec un faux air de Provence ou de Toscane. Les carioles tirees par des anes ne font que renforcer l'impression. A Tachkent, c'est le retour a la civilisation, je me remets a croiser plein de voyageurs, dont beaucoup parlent francais. Tachkent (et Bichkek, a ce qu'on m'en dit) sont devenus des anti-chambres de la Chine, remplis de voyageurs venus de divers endroit et comparant leurs experiences et leurs malheurs dans leurs tentatives d'obtention de visas.
Je m'y repose quelques jours, et y fais faire mon visa afghan (c'est pas vraiment la foule a l'ambassade, c'est rare...) en essayant d'echapper a Ali, tenancier de la guest house, qui ne rate pas une occasion d'inviter les malheureux qui lui tombent sous la main a boire de la vodka ouzbeke (tout aussi decapante que la vodka kazakhe) et de la biere a 12 degres. Il est certes tres drole et sympathique, mais une fois qu'on est pris au piege, ca peut durer des heures, et surtout ca peut arriver aussi bien le soir en aperitif (ca va) que le matin pour le petit dejeuner (ca va deja moins).
mardi 8 juillet 2008
Turkestan
Malgre l'invitation, je ne m'arrete pas a Kizilorda, j'y suis tot dans la journee, j'ai le temps de pousser jusqu'a Turkestan, qui abrite le mausolee le plus fameux du pays. Il est effectivement pas mal, decore de brique emaillees bleu et turquoise, mais n'a jamais ete acheve donc la facade principale est restee nue. Pour visiter, j'avais laisser la moto a cote d'un batiment d'ou des mecs sont sortis en me demandant s'ils pouvaient faire un entrefilet sur moi dans le journal local. Je les laisse me prendre en photo avec ma fidele monture, leur donne mon nom et ma nationalite, ca leur suffit apparemment. Je sais pas trop ce qu'ils vont pouvoir raconter...
Juste a la sorte de la ville, mon pneu arriere joue une nouvelle fois les degonfles. Heureusement, il y a un garage a cinquante metres. On demonte la roue et mes soupcons sont confirmes, la reparation hative de mes djeunz d'Irgiz aura tenu 500 km... Je deviens comme d'habitude l'attraction de la journee, une dizaine d'employes du garage, de la station ou du cafe viennent me voir et me demander de raconter mon voyage. Le type qui me fait une belle rustine refuse net que je lui paye quoi que ce soit pour la reparation. Alors que j'allais partir, je suis presque force d'accepter une invitation a dejeuner. On me sert une assiette a soupe de pates, ble, oeufs et saucisse, que j'avale sans me faire prier. Tous les clients me regardent plus ou moins discretement, et a tour de role me posent des questions pour satisfaire la curiosite generale. Oui, je suis francais, je suis venu a moto par la Russie, j'ai 23 ans et je suis etudiant et non, je ne suis pas marie et je n'ai pas d'enfants, en France c'est normal a mon age. Je sentais le coup venir et je n'y echappe pas, impossible de payer mon repas, je n'arrive meme pas a savoir qui me l'a offert.
Depuis plusieurs jours il fait vraiment chaud, mais j'ai trop souffert du froid en Europe et craint la pluie au Kazakhstan pour pouvoir emettre la moindre plainte. Je ne sais pas si c'est la chaleur ou le repas, mais une heure apres mon depart de Turkestan, je suis pris de nausees et dois m'arreter dans la premiere station venue. Voyant que je ne suis pas au plus haut de ma forme, les employes me proposent une espece de lit qui fait office de canape, devant la station et a l'ombre. Ca s'ameliore un peu au debut, mais au final ca m'abat completement, je suis sasn forces et tous mes muscles me font mal, impossible de repartir. Heureusement mes hotes m'offrent un lit dans l'arriere cour de la station, que je partage pendant la soiree avec trois moutons qui seront heureusement rentrees pour la nuit, je craiganis deja de me faire reveiller en pleine nuit par une de ces charmantes bestioles me lechant l'oreille.
vendredi 4 juillet 2008
Aralsk
Je ne me remets en route que vers 11 heures, j'ai un peu de mal a quitter
mes oeufs et ma tasse de cafe. Apres un court arret a Aqtobe, je continue
vers Aralsk. La route etait bien (enfin decente) depuis mon arret camion,
reste bien pendant environ 200km mais empire vite. Au moment ou le
bitume et les autres automobilistes se font rares, je m'assure quand meme
que je suis sur le bon chemin, en allant demander dans une maison isolee,
posee au bord de la route. Le type m'invite a prendre le the, j'accepte pour lui faire plaisir, et puis une petite pause ne me fera pas de mal. Le truc, c'est que rapidement debarque un ami/frere/cousin qui a manifestement un bon coup dans le nez. Ils ne mettent pas longtemps a me proposer d'egorger un mouton pour me faire des brochettes. Je refuse le plus categoriquement possible, arguant que je n'ai pas fin, que je dois y aller, et que de toute facon un the c'est gentil mais un mouton c'est pas la peine. A force de negociation j'arrive a limiter ca a un apero vodka-pasteque-pain. Je dois encore me battre pour ne pas boire un demi litre, ils passent leur temps a essayer de me resservir, probablement avec le secret espoir de me voir trop bourre pour reprendre la route. Je m'en sors avec deux verres et arrive a leur fausser compagnie.
Du coup j'ai pris un peu de retard, et encore une fois je dois finir le trajet de nuit. Je suis bien trop loin d'Arlask, il faut m'arreter a Kholbai. Chemins pourris, sable, ornieres, nids-de-poule et reservoir de plus en plus vide. J'arrive tout de meme a remarquer le villagem quelques lumieres sur ma gauche. J'y vais, deux gamins me guident vers le "cafe-magasin" ou la tenanciere me rouvre la boutique. J'achete une boite de sardines a la tomate et une bouteille d'eau, et alors que je voulais leur demander si je pouvais planter ma tente dans la cour, le proprietaire m'invite a dormir chez lui et a partager son diner, refusant que j'ajoute mes sardines au menu. Nous passons la soiree devant une retransmission du cirque d'Astana, a manger une soupe aux pates. Il me dit qu'il y a deux ans il a accueilli un motard allemand, et encore trois ans avant un cycliste francais. Ca commence a lui faire une belle collection. Un de ses amis, present au diner, me dit que leur station ne marche pas, il faudra aller a Irgiz, un peu a l'ecart de ma route et a 70km, et il m'offre de me guider. Ca va etre juste juste, avec ce qu'il me reste d'essence.
Le lendemain matin je comprends la generosite de mon guide: il me me montre le chemin, mais depuis la selle de ma moto... il n'a pas de voiture et aurait du sinon prendre un bus. On arrive a Irgiz en evitant la panne seche, apres des heures sur une piste sablonneuse et sous un soleil ecrasant. Le pneu arriere choisit ce moment pour se degonfler, heureusement que ca lui prend la et pas en pleine cambrousse. On trouve un reparateur de pneus mais il va prendre sa pause dejeuner, et laisse deux jeunes qui trainaient la faire la reparation. En les voyant revenir avec une grosse rustine mal collee, je vois bien que c'est pas trop leur boulot. Je sen bien que je ne trouverai pas mieux, il faudra changer ca plus loin. Je paye les deux rigolos, et un des mecs qui avait vaguement file un coup de main a la fin essaie de me demander l'equivalent d'un euro. Je refuse en riant, les autres ne le soutiennent pas dans sa demande, il est tout seul a me reclamer des sous. Il m'explique d'une pichenette a la carotide ce qu'il veut en faire: c'est le geste de l'ex-URSS pour dire "boire de l'alcool"; il souligne d'un "Vodka, vodka !". Ah bah c'est sur, moi qui hesitais a te filer de l'argent, maintenant que je sais que c'est pour te bourrer la gueule, me voila convaincu !
Je prends en debut d'apres midi le chemin qui doit me ramener sur la route principale, vers Aralsk. En fait de route principale, c'est certes large mais c'est dans un etat deplorable, de loin la pire route que j'aie eu a emprunter. Hier et avant-hier, c'etaient des mises en jambe. Et ca dure sur des kilometres, je sais jamais trop quoi choisir entre le bitume et ses nids-de-poule profonds d'un metre, les chemins de boue ou les pistes de sables, tous glissants. En plus le temps tourne a l'orage, ca va pas m'aider. Les kazakhs ne s'y trompent pas, personne ou presque ne prend cette route: je croise deux camions en quatre heures, il y a une habitation tous les cinquante kilometres. Lors d'une pause dans un "cafe", un gamin me dit que trois francais sont passe le matin meme. Un peu ebahi, je me dis que je dois avoir une chance de les rattraper a Aralsk.
Apres avoir retrouve avc bonheur le bitume dans un etat acceptable, j'estime pouvoir arriver en ville avant la nuit, ca va me changer. Je peux me permettre quelques arrets pour regarder un troupeau de dromadaires, ou tenter de prendre en photo un des aigles qui ont decide que les jalons kilometriques (un bon metre cinquante de haut) faisaient d'excellents perchoirs et postes d'observation. Il y en a presque sur chaque poteau, comme des sentinelles. Quand je passe assez vite, ils ne s'envolent pas et se contentent de me devisager, mais a chaque fois que je tente de m'approcher un peu lentement ils decollent sans demander leur reste.
A vingt kilometres de l'arrivee, des types en treillis, arretes avec leurs 4x4 sur une espece d'aire au bord de la route, me fond de grands signes avec une lampe de poche. Je m'arrete pour aller discuter un peu, j'avais besoin de me degourdir les jambes de toute facon. Ils s'averent etre des chasseurs de lapin, qui rentraient chez eux, a Kizilorda, plus loin sur la route apres Aralsk. Ils m'invitent a diner, me disant qu'ils vont camper la. J'hesite un peu, mais comme je crains un peu d'errer longtemps en ville a la recherche de l'hotel, pourquoi pas finalement, j'accepte. Au menu, viande de dromadaire et brochettes, vraiment excellentes. Ils m'invitent a dormir dans une de leur voiture, ce sera un peux plus confortable que ma tente sur le sol dur. Le probleme, c'est qu'une pluie pas trop mechante les chasse de dehors, ils viennent continuer a boire de la vodka dans la voiture ou je tentais de m'endormir. Je somnole comme je peux en attendant qu'ils se couchent. Je suis reveille vers 2h par mon voisin, qui ronfle comme un soufflet de forge. C'est impressionnant, j'ai l'impression qu'il renifle de toutes ses forces a chaque fois. Impossible de retrouver le sommeil, apres une heure a ce regime je me decide a aller deplier ma tente. A l'aube, mes compagnons filent en me laissant un numero de telephone si je veux passer dormir chez eux a Kizilorda.
Encore un peu au radar, je mets un moment a tout ranger et etre pret a repartir, ce qui laisse le temps a une famille russe de debarquer. Le fils aine, a paue pres 16 ans, regarde la moto avec envie, son pere me confie qu'il reve d'en avoir une plus tard. Epatee par mon trajet et probablement apitoyee par mon air ebouriffe, la mere me donne une poignee de bonbons, et juste avant de partir le pere ajoute une boite de sardines... Je dois vraiment pas ressembler a grand chose.
A Aralsk, enfin un hotel avec un vrai lit. Bon la douche c'est pas ca, une vieille baignoire courte dans laquelle on s'assied, pas de tuyau de douche ni d'eau chaude. Enfin, on fait avec. Apres le dejeuner, sur le port desormais perdu dans les sables, je tombe sur les trois cyclistes, qui s'attendaient a me voir, ayant repere la moto devant l'hotel (le seul de la ville).
Deux Olivier et un Arnaud, qui attirent encore plus l'attention que moi quand ils arrivent en ville: l'un a une remorque, l'autre un velo couche, le dernier un grand chapeau...
Ils n'etaient pas partis ensemble mais se sont croise sur la route.
Je les quitte le lendemain, eux partent vers l'est, moi je fais un detour vers la mer d'Aral pour aller voir les bateaux echoues. Soixante kilometre de piste rocailleuse pour enfin trouver quatre epaves rouillees, posees sur la steppe ou des centaines de coquillages craquent sous les pieds, alors que tout autour on ne voit qu'un paysage de poussiere.
mercredi 2 juillet 2008
Aqtobe
Au matin, je prends le chemin d'Aqtobe, guide pour sortir de la ville par
Liocha, qui m'aura decidement beaucoup aide et aura toujours refuse de me
laisser payer quoi que ce soit. Suivent des centaines de kilometres de
steppe, la route file droit au milieu de l'herbe. A un moment, quelques
rapaces (pas gros, genre buse) qui trainaient sur la route; en bons oiseaux
de proie, aux sens affutes du chasseur, ils prennent leur envol devant moi.
Sauf un, qui me remarque un peu tard et decolle dans la mauvaise direction.
A cent a l'heure, je sens un choc sourd contre mon tibia. J'ai pas trop pu
voir la bete apres coup, mais a en juger pas la douleur dans ma jambe, le
piaf a pas vraiment du apprecier. Darwin, c'est a toi que je dedie mon
premier gibier.
Plus loin, je m'arrete pour regarder un quelques chevaux traverser la route.
J'allais repartir quand je remarque un gamin qui court vers moi en me
faisant de grands signes pour que je ne reparte pas. Nabat, 14 ans, gardien
des chevaux et curieux comme tout de savoir ce que je fais la. Il est
rejoint peu apres par deux petits freres a velo. Nabat finit par me demander
timidement s'il peut essayer le casque. Les petits freres n'osent pas
demander si eux aussi ils peuvent essayer, mais en voyant leurs yeux
agrandsi d'envie je les invite a le faire. Surtout, je finis enfin par
arriver sur cette mauvaise route que tout le monde me promet depuis des
kilometres. Cette fois, la reputation n'est pas volee. La route est en
reconstruction, donc j'ai le droit en alternance a des morceaux refaits et a
des portions inacessibles, qu'il faut contourner pendant des kilometres, en
utilisant les pistes de sable paralleles. Sauf qu'il a plu recemment, et que
par endroits je me retrouve face a des mares de boue infranchissable a moto,
il faut passer dans les broussailles, et encore parfois c'est justes. Ca
dure une bonne centaine de kilometres, le nuit tombe, je commence a redouter
la pluie et la panne seche, y a pas beaucoup de stations dans le coin. Ce
n'est que vers 22h, en pleine nuit, que j'arrive a rejoindre un village ou
un policier me fait signe de m'arreter a l'entree pour un controle de
routine. Pendant qu'il vient vers moi, je m'affale sur le reservoir, content
d'etre arrive au bout de mes peines. Il ne me demande meme pas mon passeport
et se contente de me poser des questions sur mon trajet, ca lui fait un peu
de distraction... C'est le deuxieme flic kazakh a me faire le coup, bonne
surprise pour moi qui m'attendais plutot a devoir batailler pour prouver que
je suis en regle et ne pas payer trop de bakchichs.
A cote de la station, je trouve un cafe (qui a l'interieur a un faux air de
caravane) et mange un morceau, entre une table de routiers russes et de
jeunes kazakhs. La glace met un moment a se briser, mais les jeunes
commencent a me poser des questions et tout le monde finit par participer.
Je renonce a continuer vers Aqtobe ce soir car on me promet que la route
n'est pas mieux, et un des routiers m'invite a dormir dans la cabine de son
camion, si ca ne me derange pas de me reveiller a six heures le lendemain.
Ca me fera pas beaucoup de sommeil mais je dormirai au chaud, ca me va.
lundi 30 juin 2008
Ouralsk
A cause du temps perdu a Moscou, je prefere oublier Kazan et aller
directement vers le Kazakhstan, il me faudra environ deux jours. Je m'arrete
pour la nuit pres de la route, coince entre une haie d'arbres et un champ,
c'est enfin l'occasion d'etrenner ma tente, ce sera mieux ici que dans le
froid polonais. Le lendemain, la pluie me tombe dessus en fin de matinee et
je suis oblige de m'arreter dans un cafe pour me rechauffer devant des oeufs
et une puree de pommes de terre. Debarquent alors sept hongrois, cinq dans
un minibus et deux dans une moto avec side-car, qui, apres avoir tourne
quelques minutes autour de ma moto pour prendre quelques photos, viennent
s'attabler avec moi. Ils sont en route pour soutenir la Hongrie aux JO (ce
qui explique le minibus peint aux couleurs du drapeau hongrois), mais ils ne
sont pas au bout de leurs peines question visas: ils n'ont pas eu mieux
qu'un visa de transit desept jours pour la Russie, et vont donc aller au
Kazakhstan, y faire de nouveaux visas, retourner en Russie, entrer en
Mongolie et y faire le siege de l'ambassade chinoise. Ils n'arriveront
jamais a faire entrer leurs vehicules mais gardent l'espoir d'obtenir des
visas pour eux-memes. De ce que je verrai par la suite sur l'ouverture des
autorites chinoises en ce moment, j'ai peur que les JO, ils les voient a la
tele a Oulan-Bator.
Ils me filment en train de repondre a leurs questions sur mon trajet, puis
un des motards m'offre un pantalon de pluie que je voulais lui acheter, et
je reprends la route, un peu rechauffe mais beaucoup mieux protege. Environ
100 km avant Samara, mon compteur (distance et vitesse) me lache, c'est un
peu genant parce que c'est ca qui me sert aussi de jauge a essence. Tant
pis, je ferai avec les panneaux routiers. Pas longtemps apres, en sortant de
la route pour aller dans une station, je ne remarque pas le bitume abime et
les graviers qui couvrent l'entree. Je vais trop vite, la moto est alourdie
par les pneus que je transporte sur mon porte bagage depuis
Moscou: derapage, je chute assez lourdement. Pas trop heureusement, je m'en
sors avec une blessure au genou pas trop profonde et le blouson un peu rape
par endroits. Quant a la moto, c'est l'autre cote qui a pris cette fois,
mais c'est un peu plus violent, la manette de frein avant est cassee et le
couvercle du coffre a presque ete arrache, il est fracture sur la moitie de
la longueur et quelques morceaux manquent. Apres evaluation des degats, je
decide que la moto est en etat de rouler, je peux toujours freiner avec deux
doigts et le coffre tient, rafistole tant bien que mal avec une sangle.
Aux abords de Samara, je demande mon chemin a des routiers qui se mettent a
trois pour me repondre, denichent un vieil atlas russe (1997-1998) dans le
camion de l'un deux, et me montrent le chemin a suivre pour contourner la
ville. Une fois que je leur ai raconte l'itineraire que j'ai prevu, ils
insistent pour m'offrir l'atlas, me disant en rigolant que eux, leur chemin
ils le connaissent. Le cadeau s'averera extremement utile, car il couvre en
detail tout l'ex-URSS, avec notamment les stations-service, ce que mes
cartes routieres n'ont pas. Environ 200 km avant la frontiere, la nuit
tombe, et apres avoir fait le plein je dine en me demandant si je continue.
Je passe voir les chambres du cafe ou je dine, d'un prix tout a fait
raisonnable mais un peu au dela de ce que peuvent me permettre le peu de
roubles qu'il me reste. Mais surtout je m'etais fixe l'objectif ambitieux de
dormir ce soir a Ouralsk, au Kazakhstan. Comme a chaque fois, j'aurai
sous-estime le temps qu'il me fallait, mais il faut dire que la pluie et
l'accident ne m'ont pas aide. Quand la tenanciere, devant mon air hesitant
et depite, mes vetements plein de poussiere et mon pantalon tache de sang,
m'offre une reduction, je n'hesite plus et m'accorde une douche et une nuit
de repos dans un vrai lit.
Ce n'est que vers 14 heures que j'arrive a repartir, j'etais bien plus
fatigue que je ne voulais le reconnaitre. Ca me laisse donc tout le temps de
passer la frontiere. Peu avant d'y arriver, les habitations se font rares,
la route mauvaise, la vegetation seche. D'un coup, les deux haies d'arbres
qui borde la route comme toutes celles de russie disparait, la perspective
s'ouvre et le chemin plonge vers la plaine, l'impression d'espace est
frappante. Le poste frontiere est situe dans un creux, quelques batiments
qui semblent perdus au milieu de la steppe. Il n'y a pas grand monde mais
les formalites de passage n'ont pas l'air bien rapides. Alors que je flane
en attendant mon tour, un type sort de sa Mercedes et vient me parler, me
disant que lui aussi a une moto (mais petite, precise-t-il) mais surtout un
ami motard et garagiste a Ouralsk, et me donne son numero de telephone. Au
final il m'aidera a passer toutes les formalites, principalement le
tamponneur de passeport kazakh, qui aura la douteuse distinction d'etre le
premier douanier desagreable de mon voyage. Les autres ont frequemment ete
un peu curieux, au pire indifferents, au mieux morts de rire et me prenant
pour un fou, mais au moins toujours cooperatifs.
Lui, la me regarde comme un veau quand je lui tends mon passeport, faisant
une tete a la "Eh bah tu veux que j'en fasse quoi de ton truc?". Ben je sais
pas, le tamponner, non?
Apparemment, non. Mon nouvel ami Viktor m'explique qu'il faut que j'aille
faire faire une declaration dans un prefabrique, la-bas. En gros, la meme
chose que ma premiere declaration mais fait a l'ordinateur, imprime, tout
beau tout propre. Le gars qui est cense me faire ca n'a manifestement jamais
tape de caracteres latins sur un ordinateur. Lui tombent dessus: nom (ca
passe), prenoms (ca passe aussi), numero de passeport (facile), date
d'emission (haha) et d'expiration (re-haha), mais a autorite emittrice ca se
corse serieusement. Laborieusement, cherchant les lettres une par une, puis
controlant a l'ecran chaque caractere, il fait montre de toute sa
concentration pour taper "Le sous-prefet d'Antony", avec tiret et
apostrophe. Voyant bien qu'on est parti pour des heures mais ne sachant pas
trop si le gars est du genre commode ou pas, je refrene difficilement de
furieuses envies de lui arracher le clavier des mains et tout taper moi
meme.
Heureusement, quand il decouvre la montagne qu'est mon adresse francaise, il
rend les armes et m'offre le clavier. Il a quand meme le culot de demander
de l'argent pour le peu de travail qu'il a accompli. C'est apparemment la
regle, un moyen de soutirer quelques roubles en plus aux etrangers de
passage. Avant que j'aie le temps de comprendre le montant, Viktor lache un
billet kazakh et me traine dehors, malgre mes protestations.
Alors que la nuit tombe, il attend une bonne demi-heure que j'en aie fini
avec mes formalites et me precede sur la rotue d'Ouralsk, pour m'amener a
son entrepot (des histories de cadres de fenetres), dans les salles de vie
commune. Je passe donc la soiree avec ses collegues ou employes, devant une
salade, du the et un plat de raviolis a la creme fraiche, a la russe.
Apres une nuit sur le divan, je suis reveille vers midi par Alexandr
(Liocha), le pote motard, qui tient dans sa main mon levier ressoude. Je
passe le reste de la journee dans son garage: il y a du boulot sur la moto.
Le compteur de vitesse, la poignee de frein, les pneus a changer (tout le
monde me previent que la route est pourrie), et tous les petits trucs qui
peuvent aller de travers. En fin de journee, les potes motards debarquent,
la moitie sur des motos russes, l'autre sur des japonaises. Apres quelques
bieres, Liocha m'invite a dormir chez lui, mais avant me mene chez un des
autres pour y terminer la soiree, une nouvelle fois devant un grand plat de
raviolis fumants, j'en demandais pas tant. Etrange ville qu'Ouralsk, je n'ai
aboslument pas eu l'impression de changer de pays. C'est a 60km de la
frontiere, 200 de la ville russe la plus proche mais tout le monde ici a une
tete de russe, parle russe, se sent russe, malgre une carte d'identite
kazakhe.
samedi 21 juin 2008
Vladimir et Souzdal - 5 400 km
. . . Devant mon air depite, le type finit par me proposer pour grosso modo le prix de la chambre dans son hotel de me loger chez ses parents. Banco, je le suis vers la maison, ou le maman me recoit tout sourire, me montrant un tiers de dents en or, un tiers de dents normales et un tiers de vide. Avec ses bottes de jardin, son vieux gilet et ses cheveux teints en roux, elle ne paie pas de mine mais est plutot marrante. Comme je ne comprends rien a ce qu'elle raconte elle finit par passer a l'allemand, qu'elle a etudie a l'ecole. Elle comble les trous de son vocabulaire avec des mots de russe mais elle s'en sort de loin mieux que moi avec mes trois mots. Elle m'apporte meme un livre de photos des villes de l'Anneau d'Or et m'indique les endroits a voir dans Souzdal.
. . . Le soir, j'echoue dans un bar presque vide, petite salle voutee en sous-sol abritant trois autres clients. J'arrive pile au debut du match Russie-Pays-Bas, que j'avais completement oublie. Je dinerai donc de raviolis a la creme fraiche (limite plat national) et d'une biere devant le football. Au milieu du match, je me rends compte que j'ai sous mon sweat un t-shirt orange, j'aurai tout interet a pas trop le montrer si la Russie perd. Au bout d'une grosse heure, la serveuse vient me demander qui je soutiens, et comme je m'en fous assez
. . . Apres la victoire, le peu d'habitants que compte la ville se retrouve hurlant dans les rues, klaxonnant a qui mieux mieux et achetant des litres de biere pour feter ca. Sur le chemin du retour, je leve de temps en temps quelques poings victorieux pour repondre a ceux qui dont les cris de joie me sont le plus manifestement adresses. J'apprendrai plus tard qu'a Moscou, c'etait la folie furieuse.
mardi 10 juin 2008
Moscou - 5 400 km
. . . A Moscou, apres quelques coups de telephone, il devient clair que je ne trouverai pas de cable d'embrayage de remplacement. Il me reste donc a attendre une dizaine de jours que mon voisin en France, qui travaille en partie a Moscou et en partie a Paris, me rapporte un beau cable tout neuf achete a Paris. Je commence donc a presque confortablement m'installer dans l'appartement que John l'Ecossais partage avec ses colocataires, Paul l'Americain et Sergio le Bresilien, et visite un peu Moscou. Les gens y sont plutot presses et revent d'argent et de grosses voitures, mais dans la banlieue un peu perdue ou je loge, je fais quelques rencontres etonnantes. Paul, d'origine russe, est quasiment bilingue et nous permet de tenir des discussions un peu longues et eviter qu'on soit vus commes des etrangers de base.
. . . Dans un bar pres de chez nous, une nuit on rencontre deux types se presentant comme du FSB (et selon toute probabilite l'etant effectivement), qui apres quelques verres de vodka nous emmenent faire du 'karting'. Sauf qu'on se rend compte plus tard que pour eux, ca veut dire monter dans une grosse BM et prendre la banlieue Moscovite comme circuit. En Russie, c'est zero alcool autorise au volant, mais les cartes du FSB de nos nouveaux amis suffiraient a les sortir d'affaire en quelques secondes, donc ca les derange pas trop.
. . . Un autre soir, dans le meme bar (en general vide), ce sont des mecs du Daghestan (Caucase russe), tous lutteurs, qui deviennent les meilleurs amis de Paul quand celui-ci, decidement plein de ressource, leur confie que lui aussi faisait de la lutte. Ils nous offrent de la biere a foison, promettent de tuer pour nous s'il le faut, et un kirghize me promet de l'aide si j'ai un probleme plus tard au Kirghizistan, je dois avoir son numero quelque part...
. . . Une fois que j'ai recupere le cable neuf, je le mets en place puis passe chez un garagiste qui me change les plaquettes de frein, et m'achete des pneus a gros crampons pour les chemins pas trop bitumes que je pourrai trouver dans les -stans. Je commencais a tourner un peu en rond a Moscou, a me sentir coince en Europe et pas trop depayse. Je decide donc de zapper Kazan (que j'avais prevu au debut) et de filer par la route la plus directe possible au Kazakhstan.
dimanche 8 juin 2008
Novgorod - 4 700 km
. . . Ne trouvant pas d'hotel a moins de 60 euros la nuit, je me resouds a somnoler trois heures dans un cybercafe pour filer a Moscou le lendemain. Je discute avec le mec de la securite, manifestement intrigue, qui loin d'etre un militaire reconverti est en fait un etudiant en medecine de vingt ans qui fait ce boulot deux nuits par semaine pour payer ses etudes. Quand je lui raconte mon projet, Ruslan rigole en disant que je vais finir musulman a force de traverser autant de pays pleins de mosquees. Je sais pas trop si c'est bien ou pas a ses yeux, les Russes n'etant pas d'une tolerance exemplaire; le soir en croisant des gens bourres, vaut mieux pas parler une langue etrangere trop fort, avoir les yeux brides ou la peau foncee. Il semble dissiper mes doutes en me disant qu'il est lui meme musulman, mais quand je lui demande si c'est a cause de son pere tatar, il me dit que non, son pere est tatar mais athee, sa mere russe et orthodoxe, lui il est musulman depuis un mois. La pour le coup je me demande s'il se fout pas un peu completement de ma gueule, mais ses traits impassibles ne revelent rien, et je ne suis pas encore assez habitue a l'humour russe pour reussir a savoir.
. . . Le lendemain il me presente son ami Fadi, Jordanien et etudiant en medecine, qui me dit que beaucoup de jeunes des pays arabes vont etudier comme lui en Russie, c'est mieux que chez eux et c'est moins cher qu'en Europe ou en Amerique. Fadi m'invite a rester une nuit chez lui, et se met rapidement a me parler de l'Islam, et de ces sites internets qui prouvent scientifiquement que le Coran dit vrai. Si ca ne fait pas de moi un musulman, au moins ca leve le voile sur la conversion de Ruslan. Le soir venu, Fadi m'amene chez lui dans sa Lada Spoutnik hors d'age, et en arrivant au milieu des barres de beton et du bitume defonce, je comprends mieux pourquoi il m'a conseille de laisser la moto en centre-ville. Dans l'ascenseur delabre, immonde du sol au plafond, grincant et puant, il me demande si j'aime l'endroit. Je lui reponds que comme je le connais ca va mais tout seul j'aurais vraiment pas fait le malin. Il me confie que lui la premiere fois c'etait pareil, mais c'est pas si craignos que ca en a l'air, il a jamais eu de probleme autre que des regards de travers.
. . . Je pars aux alentours de onze heures vers Moscou, mais apres a peine quarante kilometres, le cable d'embrayage casse d'un coup. Je m'arrete sur le bas cote, constate les degats, et me decide a rentrer a Novgorod reparer. Il est heureusement a peine midi, j'ai tout mon temps. Le cable casse a la main, j'abandonne la moto et fais du stop pour revenir en ville. Ca devrait pas etre trop dur, y a pas trente six mille villes dans le coin. Un certain Andrei m'invite a monter, et on communique tant bien que mal, il ne pipe pas mot d'anglais. Apres quelques errances je deniche un concessionnaire Yamaha (pas de Kawasaki a Novgorod) dont un des vendeurs m'ameme dans un garage qui doit pouvoir m'aider. Sans la moto c'est pas evident, mais apres avoir scie deux ou trois boulons le mecanicien me laisse partir avec un cable qui pourrait aller.
. . . La reparation de fortune tient presque jusqu'au bout, mais dans les premieres rues Novgorod deux motards petersbourgeois, Serguei, blouson de cuir aux couleurs du gang des Hooligans de Saint-Petersbourg, et Kosta, cagoule de terroriste corse et pantalon de treillis militaire, qui me voient triturer mon fil a ch
jeudi 5 juin 2008
Saint-Petersbourg - 4 500 km
mercredi 4 juin 2008
Tallinn - 3 800 km
. . . La place centrale est envahie de touristes et selon l'heure j'y vois des danses folkloriques ou un concert de l'orchestre de la police de Stockholm. Comme l'ambre a Vilnius, le lin est ici le roi des souvenirs a touristes, il y en a des boutiques a chaque coin de rue.
mardi 3 juin 2008
Riga - 3 500 km
. . . J'avais un peu ete prevenu contre Riga, apparemment la moins belle des trois capitales baltes et ne valant pas specialement le detour; je suis donc agreablement surpris, il y a de belles eglises et de lumineuses facades a nombre d'endroits. Mais je comprends vite le probleme, tout est un peu trop grand, impersonnel, nu, vide d'echoppes et de vie: si les rues de la vieille ville, la aussi pavees, sont le domaine des pietons on a l'impression que c'est plus parce que les voitures l'ont deserte que parce que c'est voulu ainsi. C'est beau mais sans chaleur, sauf dans quelques interieurs d'eglise.
dimanche 1 juin 2008
Vilnius - 3 100 km
. . . Une fois sur la route j'y repense, un peu decu de moi, sachant bien que c'est l'aveu involontaire que je ne crois plus vraiment pouvoir atteindre Vilnius dans la nuit. Enfin bon, je continue et decide de suivre les poids-lourds immatricules en Lituanie. Ce sera peut-etre pas le plus court chemin ni le plus tranquille, mais ca fait moins de risques de se perdre, il fait deja nuit noire.
. . . Donc sur cette route, menant a Kaunas, je guette la bifurcation vers Vilnius, normalement situee au niveau de Marijampole. Apres deux ou trois fausses alertes, je finis par la trouver et je m'arrete dans la premiere station venue. Il est pas loin d'une heure, je me suis resolu a dormir a Marie Jean-Paul, c'est pas tenable de continuer. Le pompiste, s'il confirme qu'il ya bien plusieurs hotels en ville, malgre sa bonne volonte, est assez evasif sur l'endroit ou je pourrai les trouver. Transi de froid, je n'ai aucune envie d'errer en quete d'un passant qui pourrait me renseigner; bon ben, ca devient une habitude, va pour le somme dans la station. C'est pas beaucoup plus confortable que la veille mais au moins je suis au chaud. Enfin faudra pas reediter trop souvent non plus...
. . . Le lendemain a l'aube, apres m'etre restaure d'un ecoeurant sandwich porc-mayonnaise (beaucoup de mayo), je reprends la route, entrant en ville. Je m'arrete deux minutes dans une eglise orthodoxe, suivant par curiosite les quelques fideles se hatant dans la fraicheur matinale. A la recherche de l'autoroute, pas trop aide par les panneaux, je suis contraint de demander a un passant, qui voyant que je suis etranger me propose d'expliquer en russe. Mon vocabulaire se limite a "Oui", "Non", "Bonjour", "Au revoir", "Merci", "Youri va au cinema", et "Je suis francais, je ne comprends pas le russe", mais je tente quand meme le coup, c'est toujours mieux qu'en lituanien. Un flot inintelligible s'abat sur moi mais je fixe mon attention sur les gestes (droite, gauche, tout ca) que fait mon interlocuteur. J'arrive a saisir a temps un "Vous comprenez?" auquel je reponds aussi sec d'un ehonte "Oui oui, je comprends" pour pouvoir continuer tranquillement a regarder les gesticulations.
. . . Evidemment ca ne suffit pas (au passage je me felicite de ne pas avoir tente de m'orienter dans ce patelin la nuit), je redemande, on me rerepond en russe, je
. . . Le paysage s'est fait beaucoup plus forestier et sauvage, le temps est radieux et les routes encore peu encombrees. Je m'arrete quelques heures a Trakai, petit village lacustre, avec un chateau construit sur une des iles, la couvrant presque en entier. J'arrive enfin en debut d'apres-midi a Vilnius, ou je m'effondre d'un lourd sommeil jusqu'au soir.
. . . La vieille ville, doucement inclinee, est parcourue de rues pavees et parsemee d'eglises, catholiques ou orthodoxes, souvent tres differentes les unes des autres, il faut du temps pour les decouvrir toutes, je passe donc la journee a slalomer entre les hordes de touristes et les boutiques d'ambre de la Baltique, les deux autres specialites locales.
jeudi 29 mai 2008
Gdansk - 2 500 km
. . . Ayant retrouve mon chemin mais perdu une heure, je decide d'entrer en Pologne vers Szczecin, optant pour une route pres de la cote plutot qu'au milieu des terres, avec le vague espoir d'apercevoir la mer ou de sentir les embruns a un moment ou un autre. Je fete comme au Danemark mon entree dans un pays inconnu de quelques joyeux coups de klaxon et deux ou trois zig-zags.
. . . Malheureusement pour moi, aux abords de la ville trop de routes se croisent et trop peu de panneaux indiquent, donc j'arrive a finir grosso modo dans la bonne direction mais pas vraiment sur la bonne route.
. . . Je profite de cette visite de la campagne polonaise pour decouvrir la conduite locale. Si les Allemands font peu de cas des limitations de vitesses, au moins les lignes ils savent ce que ca veut dire, alors que les Polonais, pas trop trop. Sur toute route a deux voies, ils se sentent autorises a depasser en utilisant la voie d'en face en quasiment toute circonstance ne menacant pas directement leur vie. L'innocent voyageur (surtout moi mais aussi occasionnellement certains autochtones peu presses) roulant a un malheureux 100 sur une route naivement limitee a 70 a souvent interet a se rabattre sur la bande d'arret d'urgence pour laisser passer ceux de derriere, qui sinon trepignent d'impatience en tentant de deboiter a la moindre occasion. Ca veut aussi dire qu'il faut surveiller regulierement son retro, sous peine de se faire surprendre trop souvent par des voitures jaillissant de l'angle mort sans prevenir. Bref, pas de quoi s'ennuyer.
. . . Au fur et a mesure du chemin, un doute grandit en moi et mon ame en tressaille: suis-je sur la bonne route? Le coin regorge de panneaux annoncant le moindre patelin, mais pour ce qui est grandes directions et stations services, zero. Je finis par demander a un tricycli
ste errant au bord de la route, et obligemment il m'indique que pour aller Gdansk, c'est la d'ou je viens, j'ai du louper un embranchement. Bon.. . . Je rebrousse donc chemin, mais par mesure de precaution je m'arrete au village suivant (environ a peu pres exactement sept maisons) pour me faire confirmer tout ca. On m'indique c'est a droite mais aussi a gauche, c'est comme je veux, les deux chemins c'est pareil, mais a droite c'est mieux (comme disait le tricycliste). Un peu dubitatif, j'en profite tout de meme pour faire part de mon inquietude concernant mon reservoir bientot vide. Le chemin de droite gagne des points, il faut que je le prenne pour aller a Goleniów (que j'entends a peu pres "Goléniouf") ou sans aucun doute je trouverai une station.
. . . A Goleniow donc, je trouve mon bonheur et en profite meme pour faire une petite halte pour visiter l'eglise. J'y surpends une trentaine de fideles attendant manifestement que la messe commence, et je decide de rester discretement au fond pour voir au moins le debut. Je m'eclipse apres quelques cantiques (avec choristes) et reprends la route sous un soleil bien trop bas a mon gout. Enfin revenu sur une route plus large et indiquant clairement Gdansk avec la distance restante, et je peux me rendre compte qu'il y a peu de chance que j'y arrive.
. . . Avec le soir et comme en Allemagne arrivent des cohortes d'insectes qui viennent gaiement se fracasser sur mon casque, m'obligeant a un nettoyage regulier sous peine de voir la vie en vert. La suite confirme ma premiere impression, je ne roule pas assez vite pour arriver a une heure decente a Gdansk, donc je me mets a regarder ca et la s'il n'y a pas un co
in de foret bucolique qui pourrait m'accueillir pour la nuit. Malheureusement, les alentours c'est surtout des champs et des petits bosquets, et puis de toute facon il fait pas tres chaud, ca ne me fait pas specialement rever de passer la nuit dehors.. . . Vaincu par le froid, je finis vers minuit par decider de piquer un petit roupillon dans une station service en attendant le jour. J'en choisis une ouverte toute la nuit, y entre avec mon air le plus innocent du monde, flane un peu dans les rayons pour passer pour un inoffensif client, puis une fois la mefiance des vendeurs endormie, je passe a l'attaque: j'achete un truc a grignoter et vais le deguster au fond de la station, attable avec un livre a la main. Apres une dizaine de minutes, je m'endors comme je peux sur ma chaise. Je me reveille certes toutes les demi-heures a cause de l'inconfort et des clients, mais au moins je peux constater que les vendeurs ne manifestent pas la moindre intention de me mettre a la porte.
. . . J'arrive le lendemain en fin de matinee a Gdansk, et moi qui y allais juste pour l'interet historique et attendais un turc genre beton-chantiers navals-solidarnosc, je decouvre la vieille ville hanseatique en briques, pleine d'eglises. C'est un regal pour le promeneur, mais on y croise beaucoup de groupes de touristes - dont enormement d'Allemands, qui sont apparemment venus reconquerir Danzig par la maniere douce.
mercredi 28 mai 2008
Berlin - 2 000 km
stance plus courte, et me decidai a prendre le ferry. Apres avoir passe sans dechirement de coeur une derniere petite heure sur les routes danoises, j'embarquai pour Rostock, et decidai de visiter un peu la ville, ce que j'avais regrette de ne pas avoir pu faire a Lubeck. Je passai environ une heure et demie a marcher dans la vieille ville, qui sans etre incontournable valait quand meme le coup d'oeil.. . . J'arrivai a Berlin vers 22 heures, bien plus tard que prevu mais largement dans les limites du raisonnable. J'eus un peu de mal a trouver le 44 Brunnenstrasse ou habitait PO (je ne squatte que chez des Pierre-Olivier, c'est un principe de vie): les indications etaient "pres de la station Bernauer Strasse". Je trouvai facilement la station mais le numero le plus proche etait le 136. Un peu intrigue, je reperai sur la droite le 134, et remontai donc la rue dans ce sens. Je passai deux stations de metro sans me rapprocher sensiblement du 44, en commencant a me dire que soit le "pres de" etait tres largement exagere, soit on ne parlait pas de la meme station.
. . . C'est au moment ou les immeubles du cote pair de la rue, au niveau du 120, cederent la place a une voie de chemin de fer puis un grand bosquet d'arb
res, et que j'arrivai a la troisieme station de metro, que je trouvai tout ca decidement trop louche (je suis perspicace) et fis demi-tour. De l'autre cote de la rue apparut alors le 118: bon sang mais c'etait donc ca, la rue etait numerotee en U, le 136 devait donc faire face a quelque chose comme le 60, et le 44 etait donc bien a proximite de la station promise. Etrange numerotation, mais apparemment pas la pire de ce qu'on peut trouver a Berlin.. . . Je restai deux jours en ville, a l'architecture bien mois stalino-betonno-annees soixante que je ne l'avais craint, et vis plus des biergarten, des vieilles pierres et des musees de vieilles pierres que la facette branchee-bobo-art moderne-tout ca tout ca, mais il faudra que je revienne, Berlin merite plus que ces deux petits jours.
jeudi 22 mai 2008
Copenhague - 1 400 km
. . . Les premieres heures se deroulerent sans accroc, mais je me rendis vite compte que j'allais beaucoup moins vite que ce que je pensais, etant oblige de rouler a 110 a cause de mes grosses valises laterales, a l'aerodynamisme particulierement etudie. Plus ca allait, plus je revoyais a la hausse mon heure d'arrivee, et apres avoir promis a PO d'arriver "dans la soiree", je corrigeai rapidement en un "en pleine nuit". Nuit qui me surprit sur a peu pres au moment ou je passais de Belgique en Allemagne, et fit chuter le thermometre bien plus bas que ce que j'avais naivement espere; j'enfilai un thermolactyl a col roule histoire de ne pas geler trop vite. Pas demonte pour autant, cramponne a mon guidon et a l'illusion que j'avais deja fait facilement la moitie du chemin, et bien decide a ne pas flancher des la premiere etape, je poursuivis sans trop me poser de questions.
. . . La moyenne prit encore un sacre coup a partir de 23 heures environ, quand je devins oblige de m'arreter vingt minutes toutes les demi-heures de trajet pour me rechauffer. Le torse et les pieds ca allait a peu pres, mais mes jambes s'engourdissaient a une vitesse desesperante et a chaque fois que je descendais de moto, je titubais quelques pas, le temps qu'elles me soutiennent assez pour que je ne passe pas pour ivre mort.
. . . Je tenais de moins en moins bien, regardant les kilometres s'additionner avec une lenteur desesperante, et decidai de m'accorder une pause un peu plus longue et d'avaler un morceau. J'avisai donc le restaurant le plus proche mais, manque de chance, il avait ferme depuis deux bonnes heures. Heureusement, le hall etait chauffe, et j'allai m'y asseoir et tentai de lier la conversation (en allemand) avec la dame pipi, qui avait l'air de s'ennuyer la autant que moi sur la route. J'eus surprenament peu de succes au debut de ma tentative de contact, mais je finis par saisir que mon interlocutrice etait Lituanienne et parlait tres mal l'allemand. Donc bon, nous discutames tant bien que mal, et sous peu je me vis offrir un tasse de the - ca devait se voir que je ne mourais pas de chaud - rapidement suivie d'un bagel saumon-oeuf-mayonnaise-oignons. J'hesitai un peu, voyant bien que c'etait son diner, mais elle me dit que le restaurant le lui avait donne, mais qu'elle ne l'aimait pas et ne le mangerait pas de toute facon. La conscience tranquille, je ne laissai aucune chance a l'innocent bagel.
. . . Ragaillardi, je repris la route, mais mon enthousiasme fut refroidi aussi vite que mes jambes, et je dus rapidement faire une nouvelle pause, dans un autre restaurant, ouvert celui-ci. Sans que je le veuille vraiment, je m'assoupis une grosse demi-heure dans un fauteuil finalement bien confortable. La route etait ennuyeuse a mourir - ma seule distraction etait de regarder mon compteur de kilometres compter les kilometres - mais pas vraiment dangereuse, il fallait juste renoncer une bonne fois pour toute a rouler sur la voie de gauche et laisser, la larme a l'oeil, les BM, Audi et consorts filer vers un horizon chaud et clement; ma seule vraie preoccupation etait de surveiller l'essence, les stations etant souvent espacees d'une cinquantaine de kilometres donc il valait mieux ne pas me louper sous peine de geler au bord de la route.
. . . L'aube vint heureusement tot, mais la chaleur mit longtemps a suivre, les faiblards rayons du soleil peinant a dissiper l'humidite. Au moins, le pire etait passe, et je poursuivis ma route en esperant en finir au plus vite, mais mes paupieres lourdes se rappelerent de plus en plus souvent a mon bon souvenir. Quand je me mis a somnoler (peu recommande a moto), je n'eus plus le choix et m'obligeai a une sieste a la sauvette sur une table en bois d'une aire d'autoroute.
. . . J'arrivai enfin aux environs de Lubeck, mais au dernier moment, au lieu de prendre le ferry, je decidai (y a des jours y a des idees qui viennent comme ca, on se demande pourquoi...) de rallier Copenhague par la route uniquement, et repartis donc vers Kiel. Ce fut la bonne surprise de la matinee, car je me retrouvai sur des nationales tranquilles, un peu sinueuses, sous un soleil radieux et enfin chaleureux; j'y passai une des heures les plus agreables du trajet.
. . . Mon detour me permit de visiter un pe
u le Danemark, pas particulierement interessant il faut l'avouer. Entre l'ile de Fionie et celle de Sjaelland, je passai sur un grand pont en deux parties, prenant appui en son milieu sur une petite ile surmontee d'un phare, que je tentai vainement de visiter, me voyant refuser l'entree sous le fallacieux pretexte que c'etait reserve a je ne sais quelle administration danoise. Tant pis, j'en profitai pour faire une pause et prendre la photo que voici - on se distrait comme on peut-, puis je previns PO que l'arrivee "en pleine nuit" se ferait selon toute vraisemblance "au beau milieu de la journee".. . . Apres m'etre acquite du peage reglementaire et scandaleusement cher - une quinzaine d'euros en moto, moitie moins de roues donc moitie prix - pour aborder l'ile, je me lancai sur la derniere partie du trajet. Voulant trop vite en finir, je surestimai l'autonomie de la moto, qui se mit a toussoter - panne seche en vue - au milieu de l'autoroute, et je dus en urgence sortir chercher une station dans le patelin le plus proche. Une fois le plein fait, la fatigue prit ma vigilance en defaut: arrete a un feu rouge juste a la sortie de la station, je voulus passer devant une voiture mais oubliai que les deux valises valaient a la moto la sveltesse d'une armoire normande, et je me retrouvai a plat sur le bitume, les yeux dans les nuages.
. . . Me relevant, je ne pus que constater les degats, j'avais embouti le pare-chocs de la BM devant moi, casse mon retroviseur gauche et surtout la poignee d'embrayage, ce qui rendait la moto inconduisible. Je m'en etais tire avec quelques egratignures au tibia, mais je passai un bon moment a me traiter d'abruti fini. C'etait rageant, je n'etais qu'a 10 kilometres du centre de Copenhague, mais apres 24 heures de trajet et pas tellement plus de 2 heures de sommeil, c'etait couru. Un accident par jour de voyage, c'etait peut-etre un peu trop pour mon budget, a ce train la j'allais devoir faire demi-tour en Allemagne.
. . . Maigre consolation, ma victime se montra compatissante, me conduisant a destination et me proposant des numeros de depanneurs, mais me decouragea de regler a l'amiable, car sachant que le changement recent de ses quatre pneus avait coute pas loin de 3 000 euros, le pare-chocs risquait de ne pas etre donne.
. . . Je passai donc ma journee du lendemain sur un velo pour aller acheter une nouvelle poignee (dans un magasin Kavézaki, comme disent les indigenes) et la changer moi-meme, ayant diagnostique la veille que c'etait a la portee de mes bien pietres talents de mecanicien (devisser une vis, enlever la poignee cassee, mettre la nouvelle, revisser la vis, tadaam).
. . . C'est apres que je pus enfin profiter de la ville, pas bien grande mais jolie et tres agreable a arpenter a velo, certes seulement une fois les beaux jours venus, me preciserent ceux qui avaient eu l'inestimable chance d'y passer l'hiver.