Au matin, je prends le chemin d'Aqtobe, guide pour sortir de la ville par
Liocha, qui m'aura decidement beaucoup aide et aura toujours refuse de me
laisser payer quoi que ce soit. Suivent des centaines de kilometres de
steppe, la route file droit au milieu de l'herbe. A un moment, quelques
rapaces (pas gros, genre buse) qui trainaient sur la route; en bons oiseaux
de proie, aux sens affutes du chasseur, ils prennent leur envol devant moi.
Sauf un, qui me remarque un peu tard et decolle dans la mauvaise direction.
A cent a l'heure, je sens un choc sourd contre mon tibia. J'ai pas trop pu
voir la bete apres coup, mais a en juger pas la douleur dans ma jambe, le
piaf a pas vraiment du apprecier. Darwin, c'est a toi que je dedie mon
premier gibier.
Plus loin, je m'arrete pour regarder un quelques chevaux traverser la route.
J'allais repartir quand je remarque un gamin qui court vers moi en me
faisant de grands signes pour que je ne reparte pas. Nabat, 14 ans, gardien
des chevaux et curieux comme tout de savoir ce que je fais la. Il est
rejoint peu apres par deux petits freres a velo. Nabat finit par me demander
timidement s'il peut essayer le casque. Les petits freres n'osent pas
demander si eux aussi ils peuvent essayer, mais en voyant leurs yeux
agrandsi d'envie je les invite a le faire. Surtout, je finis enfin par
arriver sur cette mauvaise route que tout le monde me promet depuis des
kilometres. Cette fois, la reputation n'est pas volee. La route est en
reconstruction, donc j'ai le droit en alternance a des morceaux refaits et a
des portions inacessibles, qu'il faut contourner pendant des kilometres, en
utilisant les pistes de sable paralleles. Sauf qu'il a plu recemment, et que
par endroits je me retrouve face a des mares de boue infranchissable a moto,
il faut passer dans les broussailles, et encore parfois c'est justes. Ca
dure une bonne centaine de kilometres, le nuit tombe, je commence a redouter
la pluie et la panne seche, y a pas beaucoup de stations dans le coin. Ce
n'est que vers 22h, en pleine nuit, que j'arrive a rejoindre un village ou
un policier me fait signe de m'arreter a l'entree pour un controle de
routine. Pendant qu'il vient vers moi, je m'affale sur le reservoir, content
d'etre arrive au bout de mes peines. Il ne me demande meme pas mon passeport
et se contente de me poser des questions sur mon trajet, ca lui fait un peu
de distraction... C'est le deuxieme flic kazakh a me faire le coup, bonne
surprise pour moi qui m'attendais plutot a devoir batailler pour prouver que
je suis en regle et ne pas payer trop de bakchichs.
A cote de la station, je trouve un cafe (qui a l'interieur a un faux air de
caravane) et mange un morceau, entre une table de routiers russes et de
jeunes kazakhs. La glace met un moment a se briser, mais les jeunes
commencent a me poser des questions et tout le monde finit par participer.
Je renonce a continuer vers Aqtobe ce soir car on me promet que la route
n'est pas mieux, et un des routiers m'invite a dormir dans la cabine de son
camion, si ca ne me derange pas de me reveiller a six heures le lendemain.
Ca me fera pas beaucoup de sommeil mais je dormirai au chaud, ca me va.
mercredi 2 juillet 2008
Aqtobe
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