Je ne me remets en route que vers 11 heures, j'ai un peu de mal a quitter
mes oeufs et ma tasse de cafe. Apres un court arret a Aqtobe, je continue
vers Aralsk. La route etait bien (enfin decente) depuis mon arret camion,
reste bien pendant environ 200km mais empire vite. Au moment ou le
bitume et les autres automobilistes se font rares, je m'assure quand meme
que je suis sur le bon chemin, en allant demander dans une maison isolee,
posee au bord de la route. Le type m'invite a prendre le the, j'accepte pour lui faire plaisir, et puis une petite pause ne me fera pas de mal. Le truc, c'est que rapidement debarque un ami/frere/cousin qui a manifestement un bon coup dans le nez. Ils ne mettent pas longtemps a me proposer d'egorger un mouton pour me faire des brochettes. Je refuse le plus categoriquement possible, arguant que je n'ai pas fin, que je dois y aller, et que de toute facon un the c'est gentil mais un mouton c'est pas la peine. A force de negociation j'arrive a limiter ca a un apero vodka-pasteque-pain. Je dois encore me battre pour ne pas boire un demi litre, ils passent leur temps a essayer de me resservir, probablement avec le secret espoir de me voir trop bourre pour reprendre la route. Je m'en sors avec deux verres et arrive a leur fausser compagnie.
Du coup j'ai pris un peu de retard, et encore une fois je dois finir le trajet de nuit. Je suis bien trop loin d'Arlask, il faut m'arreter a Kholbai. Chemins pourris, sable, ornieres, nids-de-poule et reservoir de plus en plus vide. J'arrive tout de meme a remarquer le villagem quelques lumieres sur ma gauche. J'y vais, deux gamins me guident vers le "cafe-magasin" ou la tenanciere me rouvre la boutique. J'achete une boite de sardines a la tomate et une bouteille d'eau, et alors que je voulais leur demander si je pouvais planter ma tente dans la cour, le proprietaire m'invite a dormir chez lui et a partager son diner, refusant que j'ajoute mes sardines au menu. Nous passons la soiree devant une retransmission du cirque d'Astana, a manger une soupe aux pates. Il me dit qu'il y a deux ans il a accueilli un motard allemand, et encore trois ans avant un cycliste francais. Ca commence a lui faire une belle collection. Un de ses amis, present au diner, me dit que leur station ne marche pas, il faudra aller a Irgiz, un peu a l'ecart de ma route et a 70km, et il m'offre de me guider. Ca va etre juste juste, avec ce qu'il me reste d'essence.
Le lendemain matin je comprends la generosite de mon guide: il me me montre le chemin, mais depuis la selle de ma moto... il n'a pas de voiture et aurait du sinon prendre un bus. On arrive a Irgiz en evitant la panne seche, apres des heures sur une piste sablonneuse et sous un soleil ecrasant. Le pneu arriere choisit ce moment pour se degonfler, heureusement que ca lui prend la et pas en pleine cambrousse. On trouve un reparateur de pneus mais il va prendre sa pause dejeuner, et laisse deux jeunes qui trainaient la faire la reparation. En les voyant revenir avec une grosse rustine mal collee, je vois bien que c'est pas trop leur boulot. Je sen bien que je ne trouverai pas mieux, il faudra changer ca plus loin. Je paye les deux rigolos, et un des mecs qui avait vaguement file un coup de main a la fin essaie de me demander l'equivalent d'un euro. Je refuse en riant, les autres ne le soutiennent pas dans sa demande, il est tout seul a me reclamer des sous. Il m'explique d'une pichenette a la carotide ce qu'il veut en faire: c'est le geste de l'ex-URSS pour dire "boire de l'alcool"; il souligne d'un "Vodka, vodka !". Ah bah c'est sur, moi qui hesitais a te filer de l'argent, maintenant que je sais que c'est pour te bourrer la gueule, me voila convaincu !
Je prends en debut d'apres midi le chemin qui doit me ramener sur la route principale, vers Aralsk. En fait de route principale, c'est certes large mais c'est dans un etat deplorable, de loin la pire route que j'aie eu a emprunter. Hier et avant-hier, c'etaient des mises en jambe. Et ca dure sur des kilometres, je sais jamais trop quoi choisir entre le bitume et ses nids-de-poule profonds d'un metre, les chemins de boue ou les pistes de sables, tous glissants. En plus le temps tourne a l'orage, ca va pas m'aider. Les kazakhs ne s'y trompent pas, personne ou presque ne prend cette route: je croise deux camions en quatre heures, il y a une habitation tous les cinquante kilometres. Lors d'une pause dans un "cafe", un gamin me dit que trois francais sont passe le matin meme. Un peu ebahi, je me dis que je dois avoir une chance de les rattraper a Aralsk.
Apres avoir retrouve avc bonheur le bitume dans un etat acceptable, j'estime pouvoir arriver en ville avant la nuit, ca va me changer. Je peux me permettre quelques arrets pour regarder un troupeau de dromadaires, ou tenter de prendre en photo un des aigles qui ont decide que les jalons kilometriques (un bon metre cinquante de haut) faisaient d'excellents perchoirs et postes d'observation. Il y en a presque sur chaque poteau, comme des sentinelles. Quand je passe assez vite, ils ne s'envolent pas et se contentent de me devisager, mais a chaque fois que je tente de m'approcher un peu lentement ils decollent sans demander leur reste.
A vingt kilometres de l'arrivee, des types en treillis, arretes avec leurs 4x4 sur une espece d'aire au bord de la route, me fond de grands signes avec une lampe de poche. Je m'arrete pour aller discuter un peu, j'avais besoin de me degourdir les jambes de toute facon. Ils s'averent etre des chasseurs de lapin, qui rentraient chez eux, a Kizilorda, plus loin sur la route apres Aralsk. Ils m'invitent a diner, me disant qu'ils vont camper la. J'hesite un peu, mais comme je crains un peu d'errer longtemps en ville a la recherche de l'hotel, pourquoi pas finalement, j'accepte. Au menu, viande de dromadaire et brochettes, vraiment excellentes. Ils m'invitent a dormir dans une de leur voiture, ce sera un peux plus confortable que ma tente sur le sol dur. Le probleme, c'est qu'une pluie pas trop mechante les chasse de dehors, ils viennent continuer a boire de la vodka dans la voiture ou je tentais de m'endormir. Je somnole comme je peux en attendant qu'ils se couchent. Je suis reveille vers 2h par mon voisin, qui ronfle comme un soufflet de forge. C'est impressionnant, j'ai l'impression qu'il renifle de toutes ses forces a chaque fois. Impossible de retrouver le sommeil, apres une heure a ce regime je me decide a aller deplier ma tente. A l'aube, mes compagnons filent en me laissant un numero de telephone si je veux passer dormir chez eux a Kizilorda.
Encore un peu au radar, je mets un moment a tout ranger et etre pret a repartir, ce qui laisse le temps a une famille russe de debarquer. Le fils aine, a paue pres 16 ans, regarde la moto avec envie, son pere me confie qu'il reve d'en avoir une plus tard. Epatee par mon trajet et probablement apitoyee par mon air ebouriffe, la mere me donne une poignee de bonbons, et juste avant de partir le pere ajoute une boite de sardines... Je dois vraiment pas ressembler a grand chose.
A Aralsk, enfin un hotel avec un vrai lit. Bon la douche c'est pas ca, une vieille baignoire courte dans laquelle on s'assied, pas de tuyau de douche ni d'eau chaude. Enfin, on fait avec. Apres le dejeuner, sur le port desormais perdu dans les sables, je tombe sur les trois cyclistes, qui s'attendaient a me voir, ayant repere la moto devant l'hotel (le seul de la ville).
Deux Olivier et un Arnaud, qui attirent encore plus l'attention que moi quand ils arrivent en ville: l'un a une remorque, l'autre un velo couche, le dernier un grand chapeau...
Ils n'etaient pas partis ensemble mais se sont croise sur la route.
Je les quitte le lendemain, eux partent vers l'est, moi je fais un detour vers la mer d'Aral pour aller voir les bateaux echoues. Soixante kilometre de piste rocailleuse pour enfin trouver quatre epaves rouillees, posees sur la steppe ou des centaines de coquillages craquent sous les pieds, alors que tout autour on ne voit qu'un paysage de poussiere.
vendredi 4 juillet 2008
Aralsk
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire