mercredi 4 juin 2008

Tallinn - 3 800 km

. . . C'est donc sans dechirement que je prends le chemin de Tallinn le lendemain. Peu avant la frontiere, je me rends compte que la route sur laquelle je suis longe la mer, je l'apercois entre les arbres. Je m'arrete des que l'occasion se presente, et vais faire quelques pas sur la plage, longue bande de sable presque deserte coincee entre la mer et les pins, balayee par un vent a peine frais. Je vais tremper les doigts dans l'eau, et decouvre avec surprise qu'elle est presque douce, on sent a peine un soupcon de sel.
. . . D'un coup, etonne que l'idee ne m'ait pas traverse l'esprit plus tot, je me demande ce que je fais sur le sable au lieu de profiter d'une des dernieres plages que je verrai avant longtemps. La Baltique c'est evidemment pas bien chaud, mais on s'y fait, ca fouette le sang et ca reveille. Bien ravigore, je m'apprete a reprendre la route quand je me fais interpeller en francais par un conducteur de camping-car arrete pres de la moto. C'est un couple de bretons, lui marin puis mecanicen, elle institutrice, qui depuis qu'ils sont a la retraite voyagent la moitie de l'annee, les fois d'avant en Scandinavie, Roumanie, Bulgarie ou Grece, cette fois-ci ils passant par la Pologne et les pays baltes pour rejoindre Nordkapp, en Norvege.


. . . Plus loin, je suis depasse en trombe par une voiture de police, tous gyrophares allumes, et comme je m'etais ecarte sur la bande d'arret d'urgence, a l'extreme-limite du bitume, le passager me fait signe avec vehemence que si je vais pas m'etaler tout de suite dans le bas-cote, il va venir m'ecraser lui-meme la tete sur le bitume. Craignant un malentendu, je me sens oblige d'interpreter que s'il me reprend a rouler sur la bande d'arret d'urgence, j'entendrai parler du pays.

. . . Tout de meme un peu etonne parce que c'est pratique courante ici, je m'apprete a me recaler fissa dans la bonne file quand une autre voiture de police me frole. Un coup d'oeil dans le retro m'apprend que la premiere interpretation etait la bonne, une limousine arborant un drapeau estonien file a toute blinde dans le sillage des flics; d'accord, d'accord, je reste au bord.
. . . De l'autre cote de la frontiere, c'est la premiere fois que j'ai l'impression aussi nette d'avoir change de pays. L'estonien est une des rares langues de la famille du finnois et ca se voit, les noms sur les paneaux sont bourres de voyelles et de tremas. Je me sens vraiment mettre un pied en Scandinavie, avec maisons de bois colore, crepuscules sans fin et panneaux indiquant les traversees d'elans. Une cigogne vient saluer ma decouverte en sortant d'un buisson et traversant la route d'un vol paresseux, juste quelques metres devant moi.


. . . Aux abord de Tallinn, ce n'est qu'en regardant ma montre que je me rends compte qu'il est plus tard que je ne le pensais, j'avais oublie que depuis quelques jours je roulais plein Nord, et que les jours rallongeaient. C'est vrai que je ne suis jamais alle aussi au Nord, meme a Copenhague. Les nuits sont a peine marquees en cette saison, la moitie du ciel reste d'un bleu roi meme au plus sombre de la nuit.


. . . La vieille ville est celle qui a le plus de charme des trois baltes; si ce n'est la plus petite elle en donne l'impressoin, les rues, pavees, sont souvent etroites, serpentant a flanc de colline, parsemees de cafes, remplies de pietons. Il y a moins d'eglises en tout genre qu'a Vilnius mais on trouve souvent au detour d'une rue un bout des remparts medievaux. Meme si je sais que j'en verrai beaucoup en Russie, j'aime entrer dans les eglises orthodoxes, elles ont encore pour moi la saveur de l'exotisme, et on y sent l'amour de l'or et de l'icone, des interieurs chaleureux.
. . . La place centrale est envahie de touristes et selon l'heure j'y vois des danses folkloriques ou un concert de l'orchestre de la police de Stockholm. Comme l'ambre a Vilnius, le lin est ici le roi des souvenirs a touristes, il y en a des boutiques a chaque coin de rue.


Aucun commentaire: