. . . Suit Novgorod, ville qui eut son heure de gloire aux XIIe et XIIe siecles. Auparavant, la "Russie" n'etait qu'une principaute dirigee par Kiev (maintenant en Ukraine), mais des regles de successions assez floues entrainerent a terme un decoupage de l'etat kievien en un tas de petites principautes rivales. Novgorod, unique en son genre dans la region, fonctionnait en cite-etat: assemblee toute puissante, democratie
directe, princes elus, revocables et aux pouvoirs limites, etc. Puissante et prospere pendant quelques siecles, elle ne put au final s'opposer a l'expansion de la principaute de Moscou, qui finit par conquerir ou rallier tous les territoires kieviens, s'etendit vers l'Est et devint la Russie actuelle. Il reste a Novgorod les remparts (restaures) et quelques temoignages de sa grandeur passee.
. . . Ne trouvant pas d'hotel a moins de 60 euros la nuit, je me resouds a somnoler trois heures dans un cybercafe pour filer a Moscou le lendemain. Je discute avec le mec de la securite, manifestement intrigue, qui loin d'etre un militaire reconverti est en fait un etudiant en medecine de vingt ans qui fait ce boulot deux nuits par semaine pour payer ses etudes. Quand je lui raconte mon projet, Ruslan rigole en disant que je vais finir musulman a force de traverser autant de pays pleins de mosquees. Je sais pas trop si c'est bien ou pas a ses yeux, les Russes n'etant pas d'une tolerance exemplaire; le soir en croisant des gens bourres, vaut mieux pas parler une langue etrangere trop fort, avoir les yeux brides ou la peau foncee. Il semble dissiper mes doutes en me disant qu'il est lui meme musulman, mais quand je lui demande si c'est a cause de son pere tatar, il me dit que non, son pere est tatar mais athee, sa mere russe et orthodoxe, lui il est musulman depuis un mois. La pour le coup je me demande s'il se fout pas un peu completement de ma gueule, mais ses traits impassibles ne revelent rien, et je ne suis pas encore assez habitue a l'humour russe pour reussir a savoir.
. . . Le lendemain il me presente son ami Fadi, Jordanien et etudiant en medecine, qui me dit que beaucoup de jeunes des pays arabes vont etudier comme lui en Russie, c'est mieux que chez eux et c'est moins cher qu'en Europe ou en Amerique. Fadi m'invite a rester une nuit chez lui, et se met rapidement a me parler de l'Islam, et de ces sites internets qui prouvent scientifiquement que le Coran dit vrai. Si ca ne fait pas de moi un musulman, au moins ca leve le voile sur la conversion de Ruslan. Le soir venu, Fadi m'amene chez lui dans sa Lada Spoutnik hors d'age, et en arrivant au milieu des barres de beton et du bitume defonce, je comprends mieux pourquoi il m'a conseille de laisser la moto en centre-ville. Dans l'ascenseur delabre, immonde du sol au plafond, grincant et puant, il me demande si j'aime l'endroit. Je lui reponds que comme je le connais ca va mais tout seul j'aurais vraiment pas fait le malin. Il me confie que lui la premiere fois c'etait pareil, mais c'est pas si craignos que ca en a l'air, il a jamais eu de probleme autre que des regards de travers.
. . . Ne trouvant pas d'hotel a moins de 60 euros la nuit, je me resouds a somnoler trois heures dans un cybercafe pour filer a Moscou le lendemain. Je discute avec le mec de la securite, manifestement intrigue, qui loin d'etre un militaire reconverti est en fait un etudiant en medecine de vingt ans qui fait ce boulot deux nuits par semaine pour payer ses etudes. Quand je lui raconte mon projet, Ruslan rigole en disant que je vais finir musulman a force de traverser autant de pays pleins de mosquees. Je sais pas trop si c'est bien ou pas a ses yeux, les Russes n'etant pas d'une tolerance exemplaire; le soir en croisant des gens bourres, vaut mieux pas parler une langue etrangere trop fort, avoir les yeux brides ou la peau foncee. Il semble dissiper mes doutes en me disant qu'il est lui meme musulman, mais quand je lui demande si c'est a cause de son pere tatar, il me dit que non, son pere est tatar mais athee, sa mere russe et orthodoxe, lui il est musulman depuis un mois. La pour le coup je me demande s'il se fout pas un peu completement de ma gueule, mais ses traits impassibles ne revelent rien, et je ne suis pas encore assez habitue a l'humour russe pour reussir a savoir.
. . . Le lendemain il me presente son ami Fadi, Jordanien et etudiant en medecine, qui me dit que beaucoup de jeunes des pays arabes vont etudier comme lui en Russie, c'est mieux que chez eux et c'est moins cher qu'en Europe ou en Amerique. Fadi m'invite a rester une nuit chez lui, et se met rapidement a me parler de l'Islam, et de ces sites internets qui prouvent scientifiquement que le Coran dit vrai. Si ca ne fait pas de moi un musulman, au moins ca leve le voile sur la conversion de Ruslan. Le soir venu, Fadi m'amene chez lui dans sa Lada Spoutnik hors d'age, et en arrivant au milieu des barres de beton et du bitume defonce, je comprends mieux pourquoi il m'a conseille de laisser la moto en centre-ville. Dans l'ascenseur delabre, immonde du sol au plafond, grincant et puant, il me demande si j'aime l'endroit. Je lui reponds que comme je le connais ca va mais tout seul j'aurais vraiment pas fait le malin. Il me confie que lui la premiere fois c'etait pareil, mais c'est pas si craignos que ca en a l'air, il a jamais eu de probleme autre que des regards de travers.
. . . Pendant le diner il me reparle de religion. Avant, par flemme d'entrer dans de longs debats, je ne detrompais personne quand on me prenait pour un catholique et qu'on m'expliquait que la Bible, c'est n'importe quoi, mais bon maintenant, j'avoue tout de suite que je suis athee. Je prefere quand il me raconte comment il vit sa religion ici plutot que quand il me ressort ses preuves scientifiques; au milieu de trucs de la teneur de "Niel Armstrong, un jour, entend pour la premiere fois de sa vie un muezzin appeler a la priere et dit qu'il a entendu ca sur la Lune, sans savoir ce que c'etait. Devant l'aboslu de l'espace, il a rencontre Dieu.", je retiens quand meme une phrase, ma preferee, sortie anodinement a un detour de la conversation: "Le Coran c'est comme le miel, c'est bon pour tout." Pour s'endormir, Fadi ecoute toujours une priere, et c'est donc berce par le son du Coran que je sombre dans le sommeil, alors que dehors apparaissent deja les premieres lueurs du jour.
. . . Je pars aux alentours de onze heures vers Moscou, mais apres a peine quarante kilometres, le cable d'embrayage casse d'un coup. Je m'arrete sur le bas cote, constate les degats, et me decide a rentrer a Novgorod reparer. Il est heureusement a peine midi, j'ai tout mon temps. Le cable casse a la main, j'abandonne la moto et fais du stop pour revenir en ville. Ca devrait pas etre trop dur, y a pas trente six mille villes dans le coin. Un certain Andrei m'invite a monter, et on communique tant bien que mal, il ne pipe pas mot d'anglais. Apres quelques errances je deniche un concessionnaire Yamaha (pas de Kawasaki a Novgorod) dont un des vendeurs m'ameme dans un garage qui doit pouvoir m'aider. Sans la moto c'est pas evident, mais apres avoir scie deux ou trois boulons le mecanicien me laisse partir avec un cable qui pourrait aller.
. . . Je pars aux alentours de onze heures vers Moscou, mais apres a peine quarante kilometres, le cable d'embrayage casse d'un coup. Je m'arrete sur le bas cote, constate les degats, et me decide a rentrer a Novgorod reparer. Il est heureusement a peine midi, j'ai tout mon temps. Le cable casse a la main, j'abandonne la moto et fais du stop pour revenir en ville. Ca devrait pas etre trop dur, y a pas trente six mille villes dans le coin. Un certain Andrei m'invite a monter, et on communique tant bien que mal, il ne pipe pas mot d'anglais. Apres quelques errances je deniche un concessionnaire Yamaha (pas de Kawasaki a Novgorod) dont un des vendeurs m'ameme dans un garage qui doit pouvoir m'aider. Sans la moto c'est pas evident, mais apres avoir scie deux ou trois boulons le mecanicien me laisse partir avec un cable qui pourrait aller.
J'avais depuis le debut de la journee vu passer devant moi des motos, voitures et camions barioles d'autocollants, que je soupconnais etre concurrents de je ne sais quel rallye. Donc je savais qu'ils allaient au bon endroit pour moi. Je deniche dans une station service un 4x4 qui avait des autocollants ecrits en francais, les pilotes ne font aucune difficulte pour me laisser monter, tasse a l'arriere au milieu des equipements, c'est evidemment pas vraiment prevu pour les passagers ce genre de bestiole. Ca se confirme, ils font un rallye: St-Petersbourg - Pekin en 17 jours, premiere edition, et la ils sont en liaison vers le lieu de la prochaine etape, un peu avant Moscou.
. . . Ils me deposent a la moto, mais je dois vite me rendre a l'evidence, le cable ne convient pas, la partie sortant de la gaine est trop longue, je ne peux pas debrayer. J'essaie de prolonger avec du chatterton bien tasse, en vain. Au final je demarre en poussant la moto, et rejoins en premiere la station la plus proche, ou un barbu dans son vieux minivan volkswagen fait office de garagiste. Je sais ce que je veux, un tuyau d'environ six centimetres pour prolonger la gaine, et scie dans la longueur pour pouvoir l'enfiler sur le cable. L'autre, apres s'etre penche sur le probleme, fouille dans ses rabiots, me sort un tube d'un diametre satisfaisant mais se met a me scier un bout trois fois trop petit. J'insiste pour qu'il me file un truc plus long, il s'offusque que je mette en doute sa competence et tente de mettre son bidule en place. Evidemment son chef d'oeuvre est trop court, ca resoud pas mon probleme. Il m'explique que je dois mettre du chatterton pour la finition; mais bon j'ai deja essaye, je sais bien que ca marche pas, j'essaie de lui faire comprendre. Apres argumentation et force gestes, il me fabrique de mauvais gre ce que je veux, et la pour le coup ca marche. Alors que je crois naivement qu'il veut fraterniser, il m'explique en tracant des chiffres dans le sable d'un doigt rageur qu'il a cinquante-six ans, dont quarante de moto, et c'est pas moi du haut de mes ving-trois ans qui vais lui apprendre quoi que ce soit, et il ponctue tout ca en crachant par terre pour bien marquer son dedain. Bah ouais mon gros, mais n'empeche que j'avais raison.
. . . La reparation de fortune tient presque jusqu'au bout, mais dans les premieres rues Novgorod deux motards petersbourgeois, Serguei, blouson de cuir aux couleurs du gang des Hooligans de Saint-Petersbourg, et Kosta, cagoule de terroriste corse et pantalon de treillis militaire, qui me voient triturer mon fil a ch
aque feu rouge me forcent a accepter leur aide. Ils appellent leur copain garagiste, qui debarque au bout de dix minutes et se trouve etre celui qui m'a aide deux heures auparavant. On file donc au garage, avec les quatres autres motards qui etaient arrives entre temps pour discuter, pour reparer un peu mieux que ca. Au final, on rafistole le vieux cable, je devrai chercher mieux a Moscou. Je reste discuter un peu avec mes nouveaux potes; je designe a Kosta la batte en bois d'une trentaine de centimetres qui depasse de son sac a dos, et il me repond en russe que c'est un "argoumient". Frappant.
. . . La reparation de fortune tient presque jusqu'au bout, mais dans les premieres rues Novgorod deux motards petersbourgeois, Serguei, blouson de cuir aux couleurs du gang des Hooligans de Saint-Petersbourg, et Kosta, cagoule de terroriste corse et pantalon de treillis militaire, qui me voient triturer mon fil a ch
. . . Je repars le lendemain, mais apres 300 km (et a 100 km de Moscou) le boulon prend la poudre d'escampette. A la station la plus proche, j'essaie de faire une reparation similaire mais impossible de trouver un boulon. Un type dans une Lada rouillee (il a aussi une moto) me file un coup de main. Il me donne un boulon de sa voiture, me disant probablement un truc comme "Les machines Russes ca marche meme si y a pas tous les boulons" quand j'essaie de l'en empecher. Ca ne tient pas, il appelle son frere qui vient avec un truc qui se visse sur le cable, un peu comme un domino de fil electrique. Avec ca, j'arrive a rejoindre Moscou, appeler mon hote de Vilnius et trouver un lit accueillant.
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